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Intervention de Guy Aurenche
Trente ans : les lueurs d’une aube

décembre 2004

Guy Aurenche avocat
Président d’honneur de la FIACAT.

TRENTE ANS : LES LUEURS D’UNE AUBE.

Trente ans Un nouveau millénaire. C’est le temps de l’aube.

Après la nuit de la création, les lueurs de l’aube d’un nouveau millénaire apparaissent, voilées ou scintillantes, tendres ou dures. Des lueurs apparaissent …Et nous nous réunissons ici dans ce haut lieu du partage mondial des cultures, comme sur une haute montagne pour scruter ensemble les lueurs d’une aube. L’aube du monde du 3 éme millénaire qui vit toujours avec la torture.

À quoi peuvent servir les lueurs de l’aube à l’occasion du 30 éme anniversaire de l’ACAT ? À emplir nos yeux, notre intelligence, notre cœur pour continuer la route de la journée qui vient après l’aube.

L’aube, c’est le temps des confidences chuchotées, hésitantes, frémissantes.

Ce matin, à travers quelques facettes de l’action de l’ACAT en France et dans le monde, nous contemplons les lueurs d’une aube et nous nous faisons des confidences. Les témoins que nous allons entendre sont lueur dans cette aube. Ils sont témoins. Ils sont lueurs !

Avec vous depuis près de 30 ans. Avec vous dans cette aube du 3éme millénaire, puis je en quelques secondes vous faire quelques confidences ; il est des lueurs chaudes. Il est des lueurs froides.

LA LUEUR DE LA PEUR.

Commençons par le plus dur à regarder. Par les lueurs froides de l’aube. De celles qui annoncent la glace, le vent, le froid. De celles qui strient le ciel comme pour barrer la route à d’autres lueurs.

La lueur froide aujourd’hui a pour nom : la peur. La peur qui nous fait fermer les yeux face aux réalités tortionnaires.

La peur qui permet de justifier la politique du « tout sécuritaire » et qui réduit la politique au mensonge stérilisant de la lutte contre le terrorisme.

La peur qui conduit à la barbarie des égorgements télévisés et à la programmation du viol de toute une population pour l’humilier.

La peur qui pousse au repliement sur ce qu’il y a de moins vivant dans nos communautés ethniques, nos cultures et nos religions.

La peur qui nous fait devenir méchants, violents, incapables de maîtriser l’agressivité qui nous habite.

La peur qui nous fait oublier que seul le respect des droits humains permettra de satisfaire notre légitime besoin de sûreté.

La peur qui nous fait oublier que toute atteinte à l’état de droit et au refus de la discrimination, est source de tous les dérapages qui menacent la sécurité véritable pour tous.

Le Rapport 2004 d’Amnesty International nous le dit clairement « Il ne peut y avoir de sécurité durable sans respect des droits humains. Les visées sécuritaires mondiales des USA se révèlent dépourvues de principe et de perspective ».

Oui depuis 30 ans, l’ACAT a rencontré cette peur, mère de toutes les violences. Elle a découvert la complexité des mécanismes idéologiques, économiques, politiques, religieux qui peuvent conduire à la torture. Ses actions se sont diversifiées, non pour tout faire, mais parce que la démarche d’abolition de la torture est de plus en plus complexe.

Oui, cette lueur de peur est bien présente au moment de nos 30 ans. N’est elle pas présente en chacun de nous ce matin ? Ne l’oublions pas. Mais ne nous laissons pas pétrifier, glacer par cette lueur de peur.

LA LUEUR DE L’ESPERANCE ENCORE.

Tenez, vous la voyez cette lueur chaude… Vous la voyez vraiment ? Elle a pour nom : l’espérance, « l’espérancencore » si j’ose un nouveau mot. L’espérancencore, ça existe ! Je l’ai rencontré en 30 ans d’ACAT. C’est cette espérancencore qui me fait vivre et repartir chaque matin.

Ce sont les messages des prisonniers torturés, condamnés à mort qui disent tous que l’espérance a pu renaître le jour où ils ont appris la présence de l’action des associations. C’est le témoignage de Raul RIVERO et des autres prisonniers cubains libérés il y a 48 heures qui remerciaient tous ceux qui sont intervenus pour eux.

C’est le témoignage de Youri BANDAJEVSKI biélorusse libéré après 3 ans d’emprisonnement « :J’ai reçu un nombre incroyable de lettres, de paquets de gens de tous ages. J’ai souvent pleuré en les lisant ;des larmes de profonde tristesse et de joie. Parce qu’ils me soutenaient, j’étais obligé de tenir le coup ».

Le témoignage de Roger VAUGNH, américain condamné à mort qui écrivait à un groupe ACAT 3 mois avant son exécution « :Mes amis même si mon temps arrive à sa fin, je veux que vous sachiez que mon existence aurait été insignifiante si vous ne m’aviez pas aidé à la vivre jusqu’au bout ». La lueur de l’espérance encore est bien vivante. Elle ne dit pas la fin des violences, mais la fin de la solitude qui torture et tue.

Que cette lueur dilate nos pupilles, non pour voir le monde en rose qui n’existe pas mais pour nous faire regarder le monde en travail d’espérance et en attente de notre action. La lueur de l’espérance encore, vous la voyez, vous la sentez aujourd’hui, bien présente, bien vivante. Elle est là dans notre monde.

Elle vit grâce à tous les lutteurs d’espérance qui nous ont rejoint ici en chair et en os, ou en communion de solidarité. Oui en trente années de lutte pour la défense de la dignité humaine, oui je l’ai rencontrée la multinationale de l’espérance combattante. Celle qui construit les réseaux de solidarité et qui sauve. Celle qui sans se lasser refuse l’inacceptable. Celle qui par des lois, des institutions, des médias construit un monde où la fraternité ne sera plus seulement un slogan.

Vous la voyez cette lueur espérance encore. Vous la voyez bien. Et bien nous allons l’entendre à travers 2 témoins. D’abord un film très court comme autant d’images, reflets de la réalité.

Puis notre ami Luc de Prest, qui depuis son abbaye et avec le groupe ACAT est acteur, témoin du drame des réfugiés demandeurs d’asile et de ce que nous pouvons tenter pour défendre la fondamentale valeur de l’asile dans nos sociétés. Il est témoin. Il est lueur.

Après interviendra Arséne BOLOUVI ancien président de l’ACAT Togo, qui a connu le chemin de la répression et de l’exil et qui témoignera du courage de tous les défenseurs des droits humains. Ces défenseurs ne doivent plus jamais être seuls. Il est témoin. Il est lueur.

LA LUEUR DE LA DIGNITE PARTAGEE

Chers amis, continuons à scruter l’aube de notre siècle nouveau, et les lueurs qu’il nous partage, non pour dire que tout est beau mais pour relayer un message qui remonte aux origines de l’humain.

La lueur de la dignité partagée. En ces temps de mondialisation, du terrible et splendide défi de l’universalisation de chacune de nos vies, la lueur de la dignité partagée est une lueur très spéciale. Une lueur multicolore comme si aucune couleur ne pouvait à elle seule refléter la dignité de la personne humaine. On dirait presque un arc-en-ciel.

Chaque famille de pensée, chaque religion, chaque philosophie, chaque culture aimerait bien enfermer la lueur de la dignité dans un seul modèle, une seule teinte, une seule proposition de vie.

Cette tentation de l’unique, du totalitaire, se trouve au cœur du geste tortionnaire. Celui-ci, à travers les douleurs physiques qu’il provoque et les destructions psychiques qu’il entraîne, exprime au plus haut point le refus de l’autre.

« Tu verras le monde avec mes yeux » dit le bourreau à sa victime. Tu penseras la vie à travers ma pensée. Dans la lueur de la dignité partagée il y a la profondeur de l’altérité, de l’altérité de chacun. Je suis parce que je suis autre. Tu es parce que tu es autre.

C’est pour défendre l’exigence du respect de l’altérité que le combat pour l’abolition de la torture rejoint le combat de tout le monde. Il n’est pas le combat de quelques-uns pour quelques-uns. Il est le combat pour l’être humain, l’être de dignité qu’est chacun de nous, et ce universellement.

Alors une éducation permanente au sens de la dignité et à l’épanouissement de l’altérité doit se développer dans tous les secteurs de la vie sociale. Apprendre à respecter l’altérité de l’autre, ainsi que ma propre altérité. Cela commence dans les cours d’école, les salles de catéchisme, dans la vie familiale, l’apprentissage de la responsabilité citoyenne, dans les prisons… .Si le refus de la torture ne souffre aucune exception cela tient à l’enjeu : la dignité de chacun qui s’exprime autrement.

La dignité est mystère et heureusement aucune loi ne la définit. Nous vivons l’époque de l’universel débat sur les points de repère qui nous sont communs. Comment éclairer cette altérité ? cette dignité ? D’où vient-elle ? Où s’enracine t elle ?

Cette époque de la mondialisation n’a pas d’avenir si elle n’est pas aussi le temps de la fraternité . Alors les frères et sœurs que la Déclaration Universelle des droits de l’homme nous invite à être, se trouvent invités, je pense même obligés au débat . Nous devenons frères, en ce monde par le débat entre nous.

Certains constatent la dignité, la proclament, la défendent, en se refusant à chercher d’autres enracinements. D’autres, tout en reconnaissant que la dignité de la personne est mystère, s’autorisent à l’éclairer d’une aventure spirituelle qui l’enracine et la prolonge. C’est le cas des chrétiens.

Qu’il soit bien clair qu’il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour défendre la dignité humaine. Et heureusement pour elle car certains chrétiens n’ont pas toujours été à la hauteur dans ce combat.

En 30 années de marche avec l’ACAT je suis persuadé que l’une des étapes actuelles de notre action commune est d’ouvrir un débat universel sur la dignité. Non pour savoir si nous appliquerons ou pas la loi. Celle ci s’impose au-delà des divergences spirituelles ou philosophiques. Que tout croyant soit invité à dire où son « acte de foi en la dignité de la personne humaine » prend il racine ? Jusqu’où le mènera t il dans sa vie personnelle comme dans ses choix politiques.

Pour moi, la Bonne Nouvelle incarnée par la vie, la mort, la résurrection de Jésus, la manière dont il rencontre ses contemporains, les mots qu’il utilise pour nous inviter à nous tourner vers le Père, son exigence pour la justice sur cette terre, l’émerveillement et la passion qu’il manifeste pour chaque personne humaine, sont autant d’enracinements et de prolongements de nos actions au service des torturés. En même temps le courage des défenseurs des droits humains, leur acceptation du sacrifice, leur radicalité et leur fraternité, m’invitent à scruter encore davantage le message chrétien et à le débarrasser de tout ce qui pourrait contredire la dignité de l’autre, de celui qui vit et croit autrement.

En cette aube du nouveau millénaire, la lueur de la dignité partagée appelle toutes les cultures, toutes les croyances à s’interroger sur l’au-delà de la personne humaine que le monde traduit par le terme de dignité.

Après un court film, Isabel Peres de l’ACAT Brésil nous plongera dans l’univers de la torture des prisons brésiliennes.

Puis Lucienne Zoma de l’ACAT Burkina interrogera la/ les cultures lorsqu’elles tolèrent ou incitent à la torture. Écoutons les. Elles sont témoins. Elles sont lueurs.


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