Discours d’ouverture
(Sylvie Bukhari-de Pontual)

juin 2007





SEMINAIRE INTERNATIONAL DE LA FIACAT :

 

SEMINAIRE INTERNATIONAL DE LA FIACAT :

L'INTERDIT DE LA TORTURE : UN PRINCIPE EN PERIL

 

Lungern (Suisse) - 30 avril - 2mai 2007

 

 

 

DISCOURS D'OUVERTURE

 

30 avril 2007

 

 

« Bienvenue à tous.

 

Merci à notre hôte, l'ACAT Suisse :

-         à son Comité qui a accepté d'accueillir ce Séminaire international,

-         à son Secrétariat, et tout particulièrement à Bettina Ryser qui a porté la responsabilité depuis l'origine et Olivier Milici qui l'a assistée;

-         aux bénévoles qui ont assuré l'accueil à l'aéroport de Zurich et vous ont pilotés jusqu'à bon port.

 

Un merci chaleureux également à tous les membres du groupe préparatoire qui a conçu ce Séminaire, en a préparé la dynamique et lui a donné vie, ce qui nous permet d'être tous ensemble aujourd'hui, ici, à Lungern.

Un coup de chapeau spécial et très reconnaissant à Jean-Claude Huot, membre du Bureau international de la FIACAT qui a animé le groupe préparatoire et porté contre vents et marées la préparation du Séminaire. Qu'il soit ici vivement remercié car, sans son opiniâtreté et sa force de conviction, rien ne se serait fait.

 

Un vif merci à tous les financeurs qui nous ont permis de mener à bien la réalisation de ce Séminaire, le département fédéral des affaires étrangères (et en particulier Monsieur l'Ambassadeur Thomas Greminger et la Direction Politique IV) et différentes organisations chrétiennes.

 

Un très chaleureux merci, enfin, à tous les intervenants qui ont accepté de nous accompagner tout au long de ces trois jours et de partager leur expérience et leur réflexion.

 

En 2002, nous nous réunissions à Dakar, au Sénégal, pour réfléchir ensemble autour de la thématique « Torture et cultures ». En 2004, nous avions célébré à Paris, en France, les trente ans de notre mouvement. Sans peut-être avoir encore pris la totale mesure des bouleversements nés de l'attentat du 11 septembre 2001. Sans avoir vraiment évalué l'ampleur des dégâts causés par l'onde de choc provoquée par la chute des tours du Word Trade Center. Celle-ci s'est propagée dans le monde entier, elle a gangrené nos principes, nos fondements - parmi lesquels les droits de l'homme - elle a changé le contexte dans lequel s'inscrit la torture.

 

Or, voilà qu'en 2007, nous nous retrouvons maintenant ici, à Lungern, au coeur de la Suisse, pour fêter les vingt ans de la FIACAT. Si, comme nous venons de le voir, le contexte de la pratique de la torture s'est trouvé modifié, alors il nous faut prendre la mesure de ce changement et définir les impacts de cette évolution sur notre engagement pour l'abolition de la torture, c'est-à-dire pour atteindre l'éradication totale de la torture.

 

En effet, aujourd'hui, ce qui a fondamentalement changé, c'est que l'interdit absolu de la torture n'est plus tabou. Le discours n'est plus le même. La parole n'est plus retenue, parce que le tortionnaire, celui qui torture comme celui qui lui en donne l'ordre, n'en a plus honte. Il la revendique, il la justifie, notamment par le besoin de rassembler des informations. Des intellectuels et des universitaires, en particulier israéliens et américains, fortement marqués par le courant utilitariste, des idéologues appartenant au courant politique néo-conservateur ont conceptualisé la justification de la torture. Les Robert Nozick, Michael Moore, Michael Levin, Myriam Gur-Arye, Oren Gross, Jay Winick, Alan Dershowitz, Bruce Hoffman, Mark Bowden, Daniel Statman considèrent, à des degrés divers, que la vérité sur la torture doit être exprimée.

Par exemple, et c'est un exemple parmi beaucoup d'autres, un Charles Krauthammer, n'a pas hésité à se livrer dans la presse américaine à un véritable plaidoyer en faveur du recours à la torture : « Il est temps de dire honnêtement qu'on fait des choses horribles ».[1] Parlant du traitement à réserver aux terroristes, il écrit notamment - parmi beaucoup d'autres perles du genre: « Il n'es pas seulement permis de suspendre ces crapules par les pouces. C'est un devoir moral. [...] La question n'est pas de savoir si la torture est permise, mais quand ».[2]

En parlant ainsi librement de la torture, on donne un fondement éthique aux thèses justifiant, légitimant, le recours à la torture, en considérant qu'il y a des situations dans lesquelles on peut faire fi du droit, dans lesquelles, surtout, on peut lever la loi morale qui interdit l'acte d'inhumanité par excellence qu'est l'exercice de la torture.

 

Or, les militants du terrain que nous sommes dans les ACAT et à la FIACAT, nous savons bien, nous, que la torture, cette violation de la dignité fondamentale de la personne humaine, avilit toutes les personnes qui y sont impliquées : les responsables, ceux qui la perpètrent et les victimes... Depuis des années, les ACAT et leur fédération internationale, la FIACAT, condamnent sans aucune ambiguïté la pratique de la torture, lutte contre l'impunité dont bénéficient le plus souvent les tortionnaires et accompagnent, dans la prière comme dans l'action, les victimes de la torture et leurs familles.

Voilà pourquoi en cette année des vingt ans de la FIACAT, il est important qu'une parole oecuménique soit dite. Nous ne sommes pas les seuls: des Eglises ont déjà pris publiquement position, séparément ou ensemble, que ce soit en Suisse, au Luxembourg, en France, aux Etats-Unis, ou même à l'échelon international s'agissant du Conseil oecuménique des Eglises et du Saint Siège.

Chrétiens, nous savons combien les êtres humains sont précieux aux yeux de Dieu: n'ont-il pas tous été créés à son image? Torturé, le Christ ressuscité, qui nous réunit aujourd'hui par delà nos différences, a donné à la personne humaine son authentique dignité et nous a enseignés que l'amour doit inspirer nos actions.

Chrétiens, porteurs du message d'espérance de l'Evangile, nous ne devons pas avoir peur de nous confronter à ce nouveau discours de légitimation de la torture. Nous avons d'ailleurs commencé à y réfléchir tout au long de l'année 2006, au travers des réponses que vous avez préparées et qui vont vous être rapportées tout à l'heure. Cette réflexion s'est poursuivie à l'automne 2006 dans les différents séminaires régionaux qui se sont tenus au Burundi pour l'Afrique, au Brésil pour les Amériques et en Belgique pour l'Europe.

Nous arrivons maintenant à ce Séminaire international pour partager les fruits de ces échanges déjà très riches, pour accueillir les apports que les intervenants de ces trois jours vous nous donner, pour ouvrir de nouvelles perspectives de réflexion, pour - peut-être - défricher de possibles pistes d'action qu'il nous faudra ultérieurement approfondir.

 

Puisse ce Séminaire international être source d'élan et d'action pour notre mouvement. Pour que nous gardions toujours à l'esprit que « Le chemin d'humanisation de l'homme de l'homme est [...] directement confié à la responsabilité des hommes faisant ensemble leur histoire au travers des conflits où leur inhumanité les conduit »[3]

 

Bon séminaire à tous! Je vous remercie. »

 

 

Sylvie Bukhari-de Pontual

Présidente de la FIACAT

 



[1] Charles Krauthammer, Il est temps de dire honnêtement qu'on fait des choses horribles, Weekly Standard, 5 décembre 2005.

[2] Ibid.

[3] Yves Burdelot, Devenir humain, Ed. Du Cerf, Paris, 2003





Qui sommes nous ?
Equipe
Réseau des ACAT
Statuts
Finances
Comprendre
La torture
La peine de mort
Les disparitions forcées
La justice internationale
Instances internationales
Position des Eglises
Tableau des ratifications par pays
Frise chronologique
Cartographies
Agir
Auprès des instances internationales
Avec les Coalitions
Formations
Comment agir ?
S’informer
Rapports d’activités
Rapports
Le bulletin ’Fiacat Info’
Ressources documentaires
Ressources théologiques
Liens
Espace Presse

Contact - Liens
FIACAT - 27, rue de Maubeuge - 75009 Paris — France - Tél.: +33 (0)1 42 80 01 60 - Réalisation site : Epistrophe