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Les 30 ans de l’ACAT

Le 4 décembre 2004, l’ACAT fêtait ses 30 ans à l’UNESCO à Paris. Des représentants de 28 ACAT ont participé aux festivités.

Ci-dessous les textes de certains intervenants.

L’ACAT FETE SES TRENTE ANS 30 ANS DE LUTTE, 30 ANS D’ESPOIR
4 décembre 2004

Vous étiez à l’Unesco ? Vous n’y étiez pas ? Je vais en quelques lignes essayer de raviver vos souvenirs et plus encore tenter de vous faire partager l’élan de la réflexion qui nous a été proposée et qu’une oreille attentive a essayé de capter. Vous retrouverez tout au long de l’année, dans le Courrier de l’ACAT, les conférences de cette journée.

LES ACAT FACE A LA TORTURE DANS LE MONDE

Il est revenu à GUY AURENCHE, ancien président de l’ACAT-France et de la FIACAT, d’introduire quatre témoignages d’une grande intensité, relatant le travail sur le terrain, comme des lueurs dans l’aube de la création, des lueurs de trois sortes : la lueur froide de l’aube, celle de la peur qui conduit à fermer les yeux sur le tout-sécuritaire-mensonge lié au terrorisme…celle de « l’espérance-encore » qui nous fait repartir chaque matin et celle de la dignité partagée, arc-en-ciel de l’altérité vécue. Entre chaque témoignage quelques flashs filmés montraient la réalité douloureuse de notre actualité autour du monde (Guantanamo, réfugiés, peine de mort, Tchétchénie…).

LUC DE PREST (ACAT-België Vlaanderen) a relaté la situation dramatique des réfugiés pour lesquels il s’est engagé. Se mettre dans la peau de l’autre, c’est marcher avec ses chaussures, devenir parrain des mineurs non accompagnés, des immigrés abandonnés, sans droits.

ARSENE BOLOUVI (ACAT-Togo) a été obligé de s’exiler suite à la répression dont il a fait l’objet. Il a insisté sur la nécessité de la solidarité et de la mobilisation internationale pour les défenseurs opprimés des droits humains.

ISABEL PERES (ACAT-Brésil), dans un élan du cœur, a invité les participants à se lever, se donner la main et faire une minute de silence pour tous les jeunes et les déshérités qui peuplent en majorité les prisons brésiliennes.

LUCIENNE ZOMA (ACAT-Burkina Faso) a abordé le thème de la torture culturellement admise à partir de trois exemples dans son pays : les rapports du politique à la chefferie traditionnelle, les femmes dites sorcières ou mangeuses d’âmes et le lynchage systématique des voleurs. Le manque d’enracinement des cultures africaines, la rupture dans la transmission des valeurs, l’impunité mettent à mort l’espérance. « Si nous nous couchons nous sommes morts » dit un proverbe burkinabé.

Pour conclure cette matinée, PATRICK BYRNE (président de la FIACAT) a remarqué que, dans le combat en faveur des droits humains, notre patience est mise à l’épreuve…mais qu’il y a suffisamment de flambeaux dans les visages multiples des ACAT pour faire face à la « coalition mondiale » des dictatures, des régimes à tendance répressive et des gouvernement qui réintroduisent des pratiques prohibées face au désir sécuritaire en attisant les peurs. Il est urgent de conclure des alliances, de renforcer les liens, d’inviter d’autres personnes à nous rejoindre, de renforcer nos efforts de formation… Partageons nos rêves et les flammes qui nous animent…Relevons avec joie les défis qui nous attendent.

UN MONDE SANS TORTURE : UNE UTOPIE ?

Après le message de soutien du Conseil pontifical « Justice et Paix » du Vatican et celui du Conseil œcuménique des Eglises, l’après-midi a commencé par une table ronde, animée par Pierre-Yves Le Priol, journaliste à La Croix.

ERIC SOTTAS (directeur de l’OMCT) a évoqué alors l’évolution de la lutte contre la torture. En 1974, on pensait qu’elle était principalement le fait du dysfonctionnement de l’Etat. Effectivement peu à peu des dictatures se sont trouvées isolées et ont dû céder (en Amérique latine, Afrique du Sud, Europe de l’Est), mais on constate aujourd’hui que le problème de la torture n’en est pas réglé pour autant. On s’aperçoit que les opposants politiques sont minoritaires parmi les victimes de la torture. Celle-ci touche alors les condamnés de droit commun, les délinquants ou les marginaux, des personnes les plus défavorisées au point de vue économique, avec qui la solidarité va beaucoup moins de soi en raison d’un manque d’identification évident. Une meilleure connaissance de la réalité et une prise de conscience accrue nous feront trouver des méthodes plus efficaces pour lutter contre ce fléau.

EMMANUEL DECAUX, juriste, nous a dit combien l’irruption du phénomène terroriste a changé la donne dans la lutte contre la torture. Sur le plan normatif, les textes juridiques sont sans ambiguïté. Mais il incombe aux Etats de les appliquer et de multiplier les garanties.

MARC NEVE, vice-président du CPT, a présenté les actions de ce Comité européen pour la prévention de la torture, les visites qu’il accomplit et les rapports qu’il fait. Il a souligné l’importance des ONG de chaque pays visité, dont l’information lui est nécessaire avant les vérifications sur le terrain.

LA SPECIFICITE CHRETIENNE DE L’ACAT

Il n’est pas inutile de se rappeler les fondements de nos convictions. PAUL VALADIER, jésuite, docteur en philosophie et théologie nous a rappelé que dans le combat contre la torture, nous nous engageons au titre de notre humanité. Il appelle à une vigilance, vertu éminemment évangélique, dans trois domaines.

Une société qui préfère verser le sang de quelques-uns pour une paix civile payée au prix fort (cf. le « bouc émissaire » de René Girard) n’est pas une société humaine et digne de respect. Nous devons sortir de notre torpeur pour dénoncer la raison d’Etat qui, au nom du combat contre le terrorisme, justifie le recours à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants.

Faisant référence à la création et à partir de citations de saint Augustin et de Thomas d’Aquin, il nous a invités à respecter le plus faible, le laissé pour compte et à refuser toute justification de la torture, en sortant du désespoir et du doute. La violence n’a pas le dernier mot.

La troisième vigilance est celle engagée contre nous-même, dans nos rapports avec les autres, rapports fragiles où nous sommes capables de torturer l’autre par une parole blessante, un jugement définitif. Notre action ne s’exerce pas seulement contre la violence des autres mais contre celle qui est en nous. Il s’agit de notre conversion.

En tant que chrétiens, nous avons à témoigner que la vie est plus forte que la mort, que dès maintenant nous sommes appelés à la solidarité, au don et au pardon.

PAOLO RICCA, pasteur et théologien de l’Eglise vaudoise d’Italie, s’est interrogé sur la spécificité chrétienne de l’ACAT dans le combat contre la torture. Les Eglises, dans le passé, ont été réticentes, parfois hostiles envers les Droits de l’homme. A partir de deux exemples, les droits proclamés en Virginie en 1776 et puis par le peuple français en 1789, il a montré que l’affirmation de ces droits n’avait pas alors de racines chrétiennes (ce que Paul Valadier a contesté dans le débat qui a suivi). La conversion des chrétiens dans ce domaine est toute récente. Etre chrétien, c’est être le disciple d’un torturé qui, ressuscité, porte dans son corps les traces de la torture qu’il a subi…Nous sommes appelés à devenir la communauté de ce torturé-là…Nous sommes liés au torturé non seulement par notre solidarité mais par et à travers l’humanité de Jésus. « Voici l’Homme » dit Pilate en présentant Jésus torturé. C’est le mot le plus vrai et le plus profond qu’un « païen » puisse prononcer. La spécificité de l’ACAT est de travailler sur cette humanité en naissant une deuxième fois en Dieu. Trois traits caractérisent son action : la prière, la cure d’âme (l’âme et le corps ne font qu’un) et la conversion (la nôtre et celle des Eglises). L’Eglise universelle devrait redevenir une dans l’ACAT…L’ACAT est l’Eglise, mais l’Eglise n’est pas encore ACAT !

L’ACAT : DES ACTIONS POUR DEMAIN

Dans un monde de plus en plus chaotique, dans un contexte qui a changé, survient la nécessité de formes d’action alternatives : éducation aux droits de l’homme, actions préventives... MARC ZARROUATI (vice-président de l’ACAT-France) nous en a rappelé les raisons : la place de l’information dans la société, où la torture ne se cache plus (photos à Abou Ghraib), flashs de l’info qui nous éblouissent, et la question de la légitimité de son utilisation possible dans certaines circonstances. Le droit de « l’hommisme » rime souvent avec amateurisme, la lucidité ne rime pas avec la résignation. La vigilance est de rigueur, la conversion du regard sur nous-mêmes, nos amis, nos proches, celle des citoyens et de nos Eglises...aussi. Dieu nous a confié un monde de vie, il s’agit de témoigner que la dignité de l’homme est inaliénable. Demain il s’agira moins d’informer que de former.

SYLVIE BUKHARI-de PONTUAL a conclu en nous invitant à vivre au cœur de l’Evangile, dans un œcuménisme concret, quotidien, pour prier et agir ensemble, en témoignant d’une transcendance qui prend sa source dans l’Amour. Et crier haut et fort notre indignation face à la torture. Lucidité, discernement, vigilance, refus des dérapages, des justifications de la torture…nous pousseront à être courageux et parfois à désobéir aux lois injustes. Mais nous ne sommes pas seuls. Ensemble soyons des bâtisseurs d’espérance.

Marie-Thérèse Bouchardy
Janvier 2005

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