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Témoignage du Père Luc de Prest
Sur l’accueil et le soutien aux demandeurs d’asile par l’ACAT en Belgique.

décembre 2004

Témoignage du Père Luc de Prest

Sur l’accueil et le soutien aux demandeurs d’asile par l’ACAT en Belgique.

Bonjour, j’ai eu comme sujet pour cette intervention : l’aide aux réfugiés…

- Le Français est ma seconde langue : je ferai mon possible. C’est surtout difficile quand je dois employer des termes juridiques dont je ne trouve pas toujours l’équivalant français… Sorry !

- Je suis heureux d’être ici et de fêter avec vous 30 ans d’espoir. En tant que catholique pour moi le pessimisme n’est pas chrétien : nous sommes des chrétiens qui croient en Christ ressuscité ! D’où l’espérance reste toujours vivante ! Tôt ou tard la torture disparaîtra de la planète grâce à tous ceux qui en solidarité s’engagent en se battent… C’est aujourd’hui la fête de la solidarité de beaucoup engagés au nom du Christ à titre de bénévole : ceci est une bonne nouvelle, une très bonne nouvelle !

Je dirai d’abord un petit mot sur notre procédure d’asile qui est devenu extrêmement sévère (Yannick président d’ACAT Togo que vous connaissez avait reçu tout d’abord un refus alors qu’il avait un excellent dossier, en appel il a été reconnu). Puis je parlerai de notre inspiration profonde dans cette action. Puis je passe à nos actions. Tout d’abord pour ceux qui sont dans l’attente d’une réponse de l’état depuis très longtemps, ensuite le problème de Zeebrugge, les mineurs non-accompagnés, ceux qui ne tombent pas sous la convention de Genève, l’extradition qui est refusée par certains pays, les malades, les centres fermés et puis deux cas concrets, deux cas tragiques…

La procédure de demande d’asile est à chaque fois plus sévère, à la frontière de la légitimité

(obligation p.ex. d’avoir un visa : ce qui est absurde pour quelqu’un qui fuit son pays).

Une procédure européenne est sur le programme mais pas encore pour demain. Pour nous il est important de voir si les recours d’appel sont présents et si le droit d’asile est respecté.

Ainsi par exemple, les demandeurs qui sont dans la procédure sont hébergés dans les ancienne casernes où ils reçoivent logement et nourriture en attendant les interviews etc. La grande innovation de la dernière loi c’est qu’il ne reçoivent plus d’argent… Ils sont donc devenus des mendiants. Je donne un exemple : le Népalais qui était chez nous devait venir chaque fois chez moi pour acheter du savon, des cigarettes, des chaussures : démarche humiliante de l’esclave d’autrefois… Mais cette loi a porté ses fruits : les demandes ont beaucoup diminué :

Des chiffres :

1998 : 21.965 2000 : 42.691 2002 : 18.805 dossiers 2003 :16.940 2004 : 12.374 90 % sont refusés, de ceux qui vont en appel, 20 % sont acceptés

Inspiration de notre action en faveur des sans papiers :

ACAT de part son inspiration chrétienne a une approche des droits humains typique : ceux qui sont délaissés de tout le monde, ceux qui se trouvent au bord de la route comme le pauvre samaritain et que personne ne voit, que personne n’écoute et dont personne ne se soucie, requiert notre attention, exige notre action parce que nous suivons le Christ qui aimait les petits, les misérables, les pauvres, les faibles. Qui est aujourd’hui pauvre, sans droits, désespéré ?

Les demandeurs d’asile qui sont refusés mais qui essaient tout de même une nouvelle demande. Ce sont les sans papiers, qui n’ont plus rien à perdre, qui n’ont aucun droit… pas de droit de logis, pas de droit à des soins (sauf dans les cas urgents), pas de droit à manger et boire, pas de droit au travail, etc.… : plus personne ne s’occupe d’eux car il sont hors circuit sauf les églises, sauf les ONG qui disent de s’intéresser à l’homme, aussi à l’homme dans la misère.

Cf. Mt 25,35 : « J’ai eu faim…, j’ai eu soif…, j’étais un étranger…j’étais en prison…En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Là où des situations humaines sont horribles nous devons faire entendre notre voix à partir de l’évangile. Là où les lois étouffent les hommes nous devons élever notre voix pour crier à l’injustice.

Une petite anecdote :

Monsieur Tobback a été il y a quelques années ministre de l’intérieur et devait donc signer toutes les décisions négatives (ou positives) concernant les demandeurs d’asile. Il a reconnu un jour que s’il avait été mis en contact avec tous ces gens qu’il expulsait par sa signature, il n’aurait pas pu le faire. Face to face tout devient plus difficile !

Nos actions :

A nouveau je souligne que nous ne nous occupons pas de ceux qui sont dans le procédure et qui sont bien accompagnés par des instances officielles. Eux ont toute l’aide dont ils ont besoin. Nous en tant qu’ACAT nous nous occupons des sans papiers !

A deux niveaux :

- Travail de lobbying au niveau des procédures pour les sans papiers ou ceux qui sont depuis trop longtemps dans la procédure.

- Approche humanitaire de ceux qui devraient être protégés mais ne le sont pas.

1. Les demandes d’asile qui restent depuis des années sans réponse :

Le ministère fait attendre des gens des années avant de prendre une décision : ceci est une vraie torture pour les gens sans papiers car entre temps il n’ont aucun droit et ne sont aidés par personne, sauf par des églises et quelques ONG.

Il y aurait maintenant 16.506 personnes qui sont chez nous depuis plus de trois ans en qui n’ont encore toujours aucune réponse (il sont quelque part dans la procédure, conseil d’Etat, appel, etc.) : pour nous il y a là erreur de la part de l’état et nous exigeons la régularisation sans plus.

Il y a 2 mois nous avons fait une action devant les ministères : action frigo : on avait amené des dizaines de frigidaires devant de ministère pour demander leur intervention car il y a des demandeurs d’asile qui attendent depuis si longtemps : leur demande est dans le frigo… C’est inhumain !

Plus de 10.000 dossiers : ils attendent une réponse depuis 4 ans en plus !

On organise partout en Flandres chaque année une veillée de prières avec d’autres organisations et avec les sans papiers : chez nous p.ex. durant la veillée de prière nous avons à un certain moment ôté nos chaussures symboliquement et on les a déposé autour de l’autel : se mettre dans la peau de l’autre c’est marcher dans ses chaussures… Oter nos chaussures c’est se sentir moins sécurisé !

Ces actions sont menés en reseau avec F.A.M. (Forum asiel en migratie : forum des demandeurs d’asile ou de migration). (un réseau qui mobilisent toutes les ONG qui s’occupent des demandeurs d’asile) ;

Autre réseau : réseau asile d’église : un réseau des organisations d’églises protestante et catholique qui s’occupent uniquement des sans papiers. Ce réseau délivre aux sans papiers un certificat avec nom et photo et avec le nom d’un parrain. Ce papier n’a aucune valeur légale mais donne une certaine protection. En cas de contrôle ils montrent ce papier et il est marqué qu’on doit prendre contact avec le parrain : certains policiers le font ! Certains ne le font pas ! J’ai été parrain d’une dizaine de sans papiers !

2. La traite des hommes

Zeebrugge, ville portuaire près de Bruges (7 km) : Les trafiquants d’hommes y amènent à gros prix des personnes des républiques russes ou des républiques de l’Est qui désirent émigrer en Angleterre. Ils ne demandent pas d’asile ici car il veulent aller en Grande Bretagne : dès qu’ils sont dans le pays il n’y a plus aucun danger car les Anglais n’ont pas de carté d’identité (cela changera prochainement) et le travail en noir fleurit. Ils ne sont pas expulsés par la Grande Bretagne s’ils sont arrivés à entrer. 120 personnes par mois essaient d’entrer dans les containers dans le port (autrefois 400), maintenant il y a des scanners et des contrôles…

Quand la police les prend, ils reçoivent de la nourriture et du logement en attendant la décision de l’office des étrangers à Bruxelles. Gros problème : il n’ a pas de protection sociale, pas de traducteurs. Il y a deux mois un gardien du port était interpellé par des personnes qui étaient prêts à donner 1000 euro s’il voulait fermer les yeux pendant quelques minutes pour donner le temps à ses clients de grimper dans un camion. Ceux qui font la traite des hommes sont quelquefois arrêtés : ils reçoivent 2 mois de prison et ils recommencent car c’est très lucratif !

Avec d’autres organismes nous veillons au respect des droits de l’homme quand ils sont attrapés et mis en prison. Histoire tragique : une famille roumaine arriver à passer et met pied à terre à Douvres ou ils se cachent dans un camion pour le trajet de Douvres à Londres. Deux heures après ils arrivent à Zeebrugge : ils s’étaient trompés de camion ! Triste ! Un groupe d’Oekraïne se cache dans un camion et arrive en Suède d’où ils sont rapatriés immédiatement : ils se sont trompés.

3. Les mineurs non accompagnés

Ce sont souvent des jeunes à peine 15 ou 16 ans mais qui savent exactement ce qu’ils doivent faire. Une nouvelle loi interdit à l’état des les mettre dans les centres fermés, à juste titre et leur attribue un tuteur. Ils vont dans les centres ouverts mais hélas dès que ces jeunes ont l’occasion ils s’enfuient personne ne sait où et on ne les retrouve plus. En 2002 : 374 dont 68 % d’Afrique, ce nombre ne cesse d’augmenter.

4. Demandeurs d’asile qui ne tombent pas sous la convention de Genève de 1951.

Ce groupe ne reçoit aucune protection ; bien souvent ils ne peuvent être rapatriés parce que la situation dans leur pays est instable ou dangereuse. Il reçoivent quelquefois de l’état la décision suivante : ils sont refusés mais ne peuvent pas être refoulés ( !) : contradiction évidente ! Statut de protection doit être prévu et de préférence au niveau européen (cf. décision du 30 septembre de la commission européenne).

D’autres groupes ceux qui sont victimes de guerres civiles avec destruction des maisons etc. Ou des personnes qui courent des risques au niveau de la sécurité ou de la liberté, Ou ceux qui se sentent menacés par des groupes paramilitaires.

Au niveau européen il suffit d’une directive, au niveau de N.U. un protocole au traité. Il faudrait aussi prévoir un accueil spécifique pour ceux qui sont victimes de la traite des hommes

5. Beaucoup de demandeurs d’asile sont renvoyés de force dans leur pays d’origine s’ils sont refusés ici.

Mais certains pays refusent cette extradition. Ces pays ne donnent pas de visa comme l’Inde, le Pakistan, l’Iran et d’autres et la Belgique ne peut pas les expulser. Il restent alors chez nous sans statut juridique et disparaissent dans la clandestinité.

J’ai connu un Pakistanais qui a été mis trois fois en prison parce qu’il était illégal (comme si un homme pourrait être illégal ; je refuse ce terme) : son avocat le défendait en disant : ce n’est pas de sa faute si son pays lui refuse un visa ! Et il fut libéré ! Mais entre-temps il est resté en prison parmi les criminels durant chaque fois 14 jours ou 3 semaines. Injustice flagrante et éprouvante pour cet homme. Pour d’autres pays comme la Roumanie, RDC et d’autres pays la Belgique a un contrat d’extradition et peut manu militari renvoyer des illégaux.

6. Problèmes concernant les personnes sans papiers qui sont gravement malades

7. Centres fermés

Nous sommes aussi demandeurs pour supprimer les centres fermés qui sont de facto des prisons - on ne peut pas les nommer ainsi. Droit de visite : uniquement la famille (qui a de la famille étant réfugié ?), pas d’avocat ! Les centres fermés ont été installés pour placer provisoirement les sans papiers qu’on veut renvoyer de force dans leur pays d’origine !

8. Récits concrets :

- Siva (38 ans) de Sri Lanka, souffre d’un diabète grave : refusé par l’Office des étrangers : peut être soigné dans son pays. Notre réaction : demander l’avis des Médecins sans frontières : oui, il peut être soigné dans son propre pays s’il sait payer 2500 euros ! Nouvelle procédure mais qui traîne indéfiniment : il arrive à travailler en noir en a une relation avec une Belge. Celle-ci rompt la relation après six mois. Il se met à boire, drogue. Finalement met le feu à la maison de son ex-fiancée. D’où prison etc. Evidemment je n’admets pas ces crimes mais ces crimes sont le résultat d’une trop longue attente : le gouvernement met les gens à l’épreuve…

- Nader : Irak : arrive en Hollande sous un faux nom - on lui avait conseillé cette manœuvre dans son pays. Refusé en Hollande, demande asile chez nous, refus : contrat Schengen. Il fait une nouvelle demande : une demande de régularisation en fonction de la loi art.9,3 Il attend déjà depuis 4 ans sans recevoir aucune réponse. Entre temps il ne peut pas travailler, il est donc sans argent : c’est très humiliant pour lui de venir me demander de l’argent pour son dentifrice etc.

Théoriquement je ne puis pas donner de l’argent : uniquement logis et nourriture, tout en nature. Je ne peux pas le laisser travailler chez nous (même pour rien), car nous risquons des difficultés. Qu’est ce qu’il fait toute la journée : se promener dans nos bois, regarder la TL, rouler à vélo (ma bicyclette) : c’est une vie vide, sans perspective, il a 43 ans et a un fils de 18 ans ! Après deux ans d’attente il a fait plusieurs dépressions avec tentative de suicide ! Qui est en faute ? l’administration de l’état qui ne donne pas de réponse, alors que son avocat a fait toutes les démarches nécessaires. Tout cela sont des drames humains à dimension tragique ! Je pourrais encore décrire d’autres.

Merci pour votre attention. Ceci n’est qu’une esquisse de ce que ACAT België-Vlaanderen essaie de faire pour un groupe qui est laissé pour compte par presque tout le monde… Ici l’ACAT peut agir à partir de son inspiration évangélique et être lumière dans les ténèbres pour beaucoup de gens qui souffrent sans cesse et attendent et attendent… Merci !


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