Témoignage de Bud Welch

janvier 2004

Témoignage de Bud Welch recueilli par le Courrier de l’ACAT

Novembre 1999

Extraits.

« Ma fille unique, Julie, âgée de 23 ans, diplômée de l’université du Wisconsin en espagnol, venait juste d’avoir un travail de traductrice auprès des services de la sécurité sociale à Oklahoma City, où elle a été tuée le 19 avril 1995.

Toute ma vie j’ai été opposé à la peine de mort, comme l’étaient mes parents et mes grands-parents. Et je voudrais vous dire comment on peut passer d’un esprit de vengeance et de rage extrêmes à un esprit de réconciliation. En effet, pendant les 4 premières semaines qui ont suivi l’attentat d’Oklahoma City, les deux responsables de cet attentat, Tim Mc Veigh et Terry Nichols, ont été arrêtés et accusés. Au début, tout ce que je souhaitais, c’était de les voir disparaître ; je souhaitais leur mort.

Cela m’a pris encore huit mois pour commencer à reconsidérer mes émotions et à réaliser ce que la peine de mort aux Etats-Unis voulait dire. Que les accusés soient déclarés coupables, qu’ils soient exécutés, ne ramènerait jamais Julie. Je m’en suis rendu compte - et jamais aucune vengeance, jamais aucune haine ne pourront changer cette situation. C’est pour ces raisons - de vengeance et de haine contre l’Etat - que Julie et 168 autres personnes sont mortes dans cet attentat.

A la fin du mois de janvier 1996, j’étais personnellement très malade, malade physiquement, psychologiquement et mentalement. Et il a fallu que je me réconcilie avec moi-même. J’ai réalisé que je ne souhaitais pas la peine de mort - et à ce moment-là, une fois ce travail accompli, j’ai senti que, physiquement et mentalement, je commençais à cicatriser.

Environ deux ou trois semaines après l’attentat, j’ai vu Bill Mc Veight, le père de Tim, à la télévision. Une équipe de télévision s’était rendue chez lui, dans l’Etat de New York, dans la zone rurale où il habitait. Il était devant sa maison. Pendant deux brèves secondes, Bill s’est tourné vers l’objectif de la caméra. Et ce que j’ai vu dans ses yeux était une douleur… une douleur que la plupart des parents ne peuvent pas reconnaître, mais que moi j’ai reconnue parce que je la connaissais.

Au mois de septembre 1998, j’ai reçu un appel d’une religieuse d’une prison de l’ouest de New York qui me demandait de venir parler contre la peine de mort dans des universités, des écoles et autres. Après avoir parlé à la religieuse, nous avons pris rendez-vous pour que je me rende au domicile de Bill Mc Veight. Je dois dire que j’étais très tendu avant cette réunion. Je suis arrivé devant la maison, j’ai frappé à la porte, j’avais les genoux qui flageolaient, et il est arrivé. Pendant que j’étais à New York, on m’avait dit qu’il avait un jardin derrière sa maison dont il était très fier. J’ai donc parlé de cela. Etant donné que je viens d’une région agricole de l’Oklahoma, je me disais que nous pourrions peut-être trouver un terrain d’entente dans ce jardin. Après avoir passé une demi-heure dans le jardin, nous sommes entrés dans la maison, où nous avons trouvé la fille de Bill âgée de cinq ans, et il nous a présentés.

Nous nous sommes assis à la table de la cuisine, Bill était à ma gauche et Jennifer, la petite fille, en face. Sur le mur, il y avait une photo de famille sur laquelle on voyait très clairement Tim. Je regardais ce mur, je regardais cette photo et je me rendais compte qu’il se rendait compte que je regardais cette photo. Bill m’avait dit dans le jardin qu’il avait toujours eu de grandes difficultés à exprimer ses émotions, qu’il ne pleurait pas facilement. Au moment où je regardais la photo, Bill m’a dit qu’elle avait été prise le jour où Tim avait reçu son diplôme de fin d’études du lycée, et j’ai vu une larme couler sur sa joue. J’ai pu me rendre compte à ce moment-là combien ce père aimait profondément son fils. Nous avons ensuite continué notre conversation pendant plus de deux heures.

Je me suis rendu compte que Bill Mc Veight était un homme qui avait travaillé dur toute sa vie, comme moi. Il travaillait depuis 1936 pour General Motors, et moi, cela faisait trente-cinq ans que je travaillais dans ma station service. En fait, dans cette pièce, il y avait deux pères, deux pères qui avaient essayé de faire de leur mieux pour leurs enfants. Et puis, quelque chose était arrivé.

A la fin de cette visite, je me suis levé et j’ai tendu la main à Bill. Nous nous sommes serrés la main. La petite Jennifer a fait le tour de la table, je lui ai tendu la main, mais elle est venue vers moi et m’a attrapé par le cou. Je ne sais pas qui a commencé à pleurer le premier, je suppose que c’est moi. Et les pleurs sont devenus sanglots. Lorsque j’ai repris le contrôle de moi-même, je lui ai dit : « Ecoute ma chérie, c’est simple. Nous sommes trois ici, et nous avons un problème tous les trois pour le reste de notre vie. Mais, personnellement, je ne veux pas, je ne souhaite pas que ton frère meure et je ferai tout pour l’empêcher.

Je suis ensuite parti. J’ai fait le trajet entre New York, et Buffalo, et pendant tout le trajet je n’ai pas cessé de sangloter. Mais je me sentais tellement soulagé, tellement soulagé et tellement plus proche que jamais de Dieu, que j’aie eu l’impression que des tonnes de briques étaient tombées de mes épaules. Le fait que j’ai été en mesure de parler à la famille du coupable était une chose extraordinaire qui m’avait beaucoup soulagé. On m’a dit ensuite que, lorsque ses voisins ont entendu Bill, ils ont dit que sa voix était bien différente de celle qu’il avait eue pendant des années. »

Bud a conclu : « S’il vous plaît, aidez-nous à demander l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. Je vous remercie beaucoup. »


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