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Témoignage d’Isabel Peres sur le travail de l’ACAT dans les prisons brésiliennes.

décembre 2004

Témoignage d’Isabel Peres sur le travail de l’ACAT dans les prisons brésiliennes.

Bonjour du Brésil à tous et à toutes.

Je vais essayer de vous transmettre un peu de la réalité de la torture dans les prisons du Brésil et comment nous travaillons. Je vous demande votre indulgence de ne pas savoir bien parler français.

L’Acat Brésil travaille avec une commission pluridisciplinaire. Il y a des psychologues, des avocats, des assistantes sociales, des médecins, des journalistes, des professeurs et conseillers spirituels.

Lorsque nous recevons une dénonciation de torture, nous arrivons en urgence à la prison - une équipe de 2 ou 3 personnes - pour constater la torture avec le prisonnier.

Tout de suite celui-ci nous autorise à intervenir officiellement à travers un formulaire qu’il signe. Quand nous arrivons à la prison, nous mesurons l’espoir que nous représentons pour le prisonnier. Presque tous les jours l’Acat Brésil reçoit des plaintes, la famille vient nous chercher chez nous.

Nous faisons un rapport de dénonciation que nous communiquons aux autres ONG partenaires ainsi qu’aux autorités. Selon le cas, le prisonnier reçoit un traitement en prison. La famille est invitée à aller au bureau de l’Acat Brésil et les professionnels font une évaluation psychiatrique et psychologique. Ils peuvent éventuellement être accompagnés individuellement ou en groupe de thérapie intensive jusqu’à la guérison du traumatisme.

La majorité de ces gens-là sont des personnes très pauvres, habitent à la périphérie de Sao Paulo, vivent dans la misère et sont de scolarité faible, en situation d’exclusion sociale absolue. Cela signifie qu’il y a des enfants de la famille qui restent dans la rue, parce que la mère est sortie pour travailler, faire le ménage. Au cours de ces 2-3 dernières années, plus de 2040 détenus sont morts à Sao Paulo. L’Acat Brésil accompagne plusieurs détenus handicapés physiques à cause de la torture.

Exemples :

Pascal a perdu l’usage de ses jambes. Il a été torturé par la police militaire et civile. Pendant qu’il travaillait en prison à faire le ménage, il est tombé et s’est cassé la jambe. Il a subi une opération chirurgicale, a récupéré et a été transféré dans une autre prison très loin de Sao Paulo. Dans l’avion, la police militaire lui a demandé de se mettre à genoux. Le prisonnier lui a dit que ce n’était pas possible car il eu une opération chirurgicale. La police a rigolé et l’a agressé à coups de pied. Il est tombé à nouveau et s’est recassé la jambe ainsi que le matériel. Résultat : il a une jambe plus courte de 18cm que l’autre. Maintenant il est à l’Acat Brésil. Il donne des cours de droit de l’homme par correspondance grâce à l’ordinateur. Il vend un journal qui s’appelle « Ocas » pour les gens qui vivent dans la rue.

Un autre cas de torture :

5 jeunes sont accusés par un soldat militaire de créer une association et sont torturés. Maria Carolina, 19 ans, a été obligée d’avouer et le policier a serré ses seins avec une pince et lui a fait subir toute sorte de torture. Les autres jeunes ont subi le même sort. Tous sont actuellement en liberté après 6 mois de prison. A la dernière audience, la juge responsable du cas a déshabilité les 3 avocats de l’Acat Brésil ainsi qu’un avocat d’une autre ONG partenaire. Tous ces professionnels ont été empêchés d’accomplir leur travail alors qu’ils sont défenseurs des droits de l’homme. La juge a ordonné la libération provisoire des policiers qui sont maintenant dans la rue en liberté. Elle a décrété le secret de justice ce qui nous a empêché d’assister au procès. L’Acat Brésil, avec d’autres organisations partenaires, a envoyé une représentation contre la juge sollicitant son éloignement pour suspicion et un mandat de sécurité. Ces jeunes et leur famille courent des risques pour leur vie pour avoir un nouveau procès. Je vous supplie de demander aux autorités brésiliennes de prendre des mesures pour cela. Vous allez recevoir un communiqué sur cet appel urgent.

Conclusion :

Il y a au Brésil 1341 prisons et plus de 300000 prisonniers. La moitié est dans l’état de Sao Paulo. 85 % des détenus sont pauvres et misérables, dépourvus d’assistance. La grande majorité sont des jeunes de 18-25 ans de descendance africaine et de scolarité faible.

Nous sommes en permanence en situation d’urgence, comme les pompiers qui vont d’incendie en incendie. Les institutions publiques entament un discours favorable à la citoyenneté mais ne sont pas passés par des réformes profondes dans les structures. Ce qui existe, ce sont quelques cas isolés et timides. Nous croyons que le droit de la personne doit surpasser toute la politique publique de façon universelle, indivisible et indépendante.

Le 04 décembre 2004
Isabel Peres
ACAT-Brésil


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