Soeur Hélène Préjean

janvier 2004

Soeur Hélène Préjean

« Ce qui se passe derrière ce plexiglas, cette attente, ce protocole si bien rôdé, je ne peux pas vous le décrire.  »

États-Unis

« C’est pour moi un cataclysme »

Elle vit sa première execution dans l’État de Louisiane, en 1984. Depuis, cette soeur de l’ordre de Saint Joseph sillonne les États Unis pour dénoncer l’horreur de la « mise à mort ». Le récit de sa lutte « dead man walking » est devenu un best seller adapté à l’écran par Tim Robbins. Dans le couloir de la mort, un ange passe. Il écoute, rassure, prie. Depuis plus de vingt ans. La toute première fois, l’angoisse étreint l’ange : « 

J’étais pétrifiée, terrifiée. Terrifiée de voir ces hommes en cage qui attendent d’être tués. Là, les murs transpirent la peur. » Helen Prejean raconte ce qui ne peut se raconter. Au téléphone, sa voix respire la bonté.

A 64 ans, Soeur Helen déborde d’énergie autant que d’humanité. C’est en 1981, alors qu’elle s’active auprès des défavorisés avec les soeurs de Saint-Joseph de la Médaille, qu’elle commence à correspondre avec un condamné à la peine capitale du pénitencier d’État de Louisiane, à Angola. « J’ai toujours été du côté des pauvres. Et ce sont bien souvent les plus démunis qui croupissent en prison. J’ai voulu comprendre. »

Depuis, Soeur Helen a conseillé spirituellement de nombreux détenus et a accompagné cinq hommes jusqu’à leur exécution, par électrocution ou par injection létale. Le premier de la liste, Patrick Sonnier, meurt sur la chaise le 5 avril 1984.

Un choc. « Ce qui se passe derrière ce plexiglas, cette attente, ce protocole si bien rôdé, je ne peux pas vous le décrire. Mes sentiments étaient très confus. Je me sentais paralysée, et inutile. J’ai mis longtemps à réaliser ce que mes yeux avaient vu cette nuit là. C’était pour moi comme un cataclysme. Et c’est ce cataclysme qui m’a poussée à agir, à résister, à éduquer. »

Depuis, Soeur Helen sillonne les États-Unis, d’école en école, d’université en université, de conférence en conférence. « J’ai été plusieurs fois le témoin d’une chose gardée si secrète. Je dois éveiller les consciences. » Membre du Comité National pour l’Abolition, porte-parole de la Campagne pour un Moratoire, la religieuse se bat sur tous les fronts. « La communauté internationale nous soutient et l’Eglise catholique prend de plus en plus d’initiatives.

En 1999, le Pape est venu et a condamné officiellement la peine de mort au nom de la dignité humaine », se réjouit Soeur Helen, d’un tempérament optimiste. Et de s’enthousiasmer : « la Cour Suprême fait aujourd’hui preuve de davantage de compassion et la population se révèle de plus en plus consciente de la réalité. Nous sommes toujours plus nombreux à nous mobiliser, c’est comme une lame de fond. » Premières vagues dans l’opinion publique avec la sortie en 1993 du bestseller signé Helen Prejean, « Dead Man Walking », nominé pour le prix Pulitzer et traduit en 12 langues.

Avis de tempête en 1995 avec l’adaptation du même livre sur les écrans par Tim Robbins et Susan Sarandon. « Le livre et le film, « La dernière marche », ont eu une audience et un impact énormes. Grâce au film, le public a pu toucher au plus près l’expérience de la peine de mort. Notre but était de sortir de la rhétorique politique et d’engager enfin la réflexion, la discussion, le débat. »

Selon Helen Prejean, l’État américain, pour légitimer cet acte, manipule la population par la peur : « Je comprends que les gens veuillent se sentir en sécurité, mais la peine capitale n’a aucun effet sur la criminalité et la récidive. Qui plus est, la justice est bien trop faillible et les innocents exécutés bien trop nombreux ! » Son prochain ouvrage, à paraître en juin 2004, traite justement « de l’impitoyable machine à tuer » qu’est le système judiciaire américain.

Avec virulence, Soeur Helen dénonce les « mensonges de l’État américain » : « aucun gouvernement ne sera jamais assez sage et juste pour revendiquer un pouvoir aussi absolu que celui de mettre à mort.

Le pire pour moi c’est lorsque les politiciens clament qu’ils rendent ainsi justice aux familles ! » Or, les familles de victimes, Helen les connaît, les soutient et les guide même autant que les condamnés. Membre honoraire de « Murder Victims Families for Reconciliation », la religieuse a également fondé à la Nouvelle Orléans un groupe appelé « Survive. » Toutefois, une minorité de familles s’offusque des prises de position de Soeur Helen en faveur de meurtriers.

Mais « la plupart ont compris qu’il ne sert à rien de continuer le cycle de la violence, que la mort du criminel ne rend pas l’être cher. Même si elles assistent à l’exécution, dans leur coeur la chaise restera toujours vide. » Pour l’ange Helen, le seul coupable à abattre est la loi du talion.

Nadège Monschau


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