Sami Aldeeb

janvier 2004

Sami Aldeeb
Palestinien, chrétien, spécialiste du droit musulman,

« Je lutte contre la peine de mort pour que ma société arabe évolue. Dans les pays arabes, on menace toute personne qui dit un mot plus haut que l’autre de lui couper la tête. »

Palestine

« Un garçon pas normal »

Sami Aldeeb aime les "contre-courants". Il lutte contre la peine de mort "pour que la société arabe évolue". Sami Aldeeb n’aime pas l’expression « peine de mort ». D’ailleurs, il l’utilise peu. Il préfère dire « couper la tête ». Un verbe à la fois brutal et décalé. A l’image de son discours sur la peine capitale.

Palestinien chrétien, responsable du droit arabe à l’Institut suisse de droit comparé de Lausanne depuis 1980, Sami Aldeeb possède le bagout des conteurs orientaux. Il enchaîne souvenirs d’enfance, citations bibliques, bribes de mythes et éclats de rire qui semblent ne pas avoir de fin… le tout porté par un accent chantant mâtiné de langueur suisse et d’âpreté arabe. Sami Aldeeb se bat sur différents fronts, comme ceux de la circoncision, des cimetières religieux ou de l’abattage rituel. Mais s’il a accepté qu’on lui tire le portrait, c’est pour « faire avancer la cause ». La cause de l’abolition.

Lorsqu’il parle de la peine capitale, Sami Aldeeb roule un peu plus les « r ». « Bien sûr, la vie ne nous appartient pas et l’on ne peut retirer ce que l’on a pas donné. Mais ce n’est pas qu’une question morale ou humanitaire. Je lutte contre la peine de mort pour que ma société arabe évolue. Dans les pays arabes, on menace toute personne qui dit un mot plus haut que l’autre de lui couper la tête. Avec cette épée de Damoclès brandie, il n’y a pas de démocratie possible.

L’application de la peine de mort dans le monde arabe est le moyen radical d’éviter le changement des mentalités. Elle est synonyme de confiscation de la liberté religieuse, de la liberté de parole, de la liberté de la presse. C’est une véritable paralysie. Par exemple, je n’imagine pas le Proche-Orient évoluer sans l’abolir. »

Né dans une famille de modestes paysans dans le village de Zababdeh, près de Jénine en Cisjordanie, Sami Aldeeb subit très tôt la vendetta qui lie tragiquement sa bourgade à majorité chrétienne aux 80 villages musulmans qui l’entourent. C’est avec en tête des crimes de sang et des exécutions sommaires qu’il rejoint le Séminaire de Bet-Jala pour devenir curé. Il a 11 ans.

Les autorités religieuses vont contrarier sa vocation, le trouvant trop turbulent : « Ce garçon n’est pas normal, gardez-le au village », écrivent les supérieurs du Séminaire à son curé de paroisse. A 15 ans, il s’inscrit alors à l’école de couture des Pères salésiens de Bethléem.

Diplômé couturier en 1968, il exerce son métier pendant un an avant d’être interprète pour la Croix-Rouge internationale dans les territoires occupés. Ses certificats de séminaire reconnus, il passe sa « maturité » (examen correspondant au baccalauréat) en trois mois et en autodidacte.

Un prêtre suisse le fait venir à Fribourg où il passera licence et doctorat de droit, avant de décrocher un diplôme en sciences politiques. Cette adolescence mouvementée lui laissera le goût des paradoxes. Sami Aldeeb a acquis la nationalité suisse en 1984 mais continue de se revendiquer arabe.

Il est chrétien et spécialiste du droit musulman. Lui qui n’hésite pas à écrire dans ses livres ce qu’il pense tout haut prend garde à tourner sa langue « 1000 fois » dans sa bouche avant de parler lorsqu’il retourne chez ses parents. Se conformant alors à la sagesse du proverbe arabe qui dit de « faire attention que la langue ne fauche pas la tête ». « Mon père m’interdit d’évoquer certaines choses de peur qu’on m’arrête », explique-t-il, précisant la difficulté de dénoncer la peine de mort de l’intérieur.

« L’abolition pose la question de savoir s’il est possible d’écarter l’application d’une norme expressément prévue par le Coran. C’est pourquoi les pays arabes ont tant de mal à abolir. C’est aussi pourquoi l’islamisation des sociétés est dangereuse. La montée du fanatisme religieux dans la région a d’ailleurs augmenté le nombre de condamnations à mort. »

Sami Aldeeb fustige aussi bien l’Autorité palestinienne - qui a inclue la peine capitale dans ses lois et ses pratiques - que l’État d’Israël. « Israël est le seul pays du Proche-Orient qui ne reconnaisse pas officiellement la peine de mort mais qui l’applique tous les jours officieusement. C’est aussi horrible. » Conséquence directe de ses prises de position, Sami Aldeeb a créé le 15 avril 2003 l’Association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël qui rassemble des juifs, des chrétiens et des musulmans.

« L’un des principes que nous défendons est l’abolition de la peine de mort et de la torture. Quel que soit le crime. La société a toujours sa part de responsabilité et nous n’avons pas le droit de désespérer de l’être humain. Même le plus grand criminel n’est pas né criminel, il l’est devenu. C’est la situation qui l’a rendu mauvais. »

Même si ces idées dérangent certains, Sami Aldeeb continue de prêcher l’abolition, lors de ses différents voyages en Europe et dans le monde arabe.

Olivia Marsaud


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