Ross Byrd

janvier 2004

Ross Byrd

« Je refuse que les assassins de mon père meurent »

États-Unis

La peine de mort, c’était tout ce que j’avais 1998, Ross Byrd perd son père, assassiné par trois membres du Ku Klux Klan. Le jeune rappeur est aujourd’hui un farouche combattant de la peine capitale. Récit d’une "résurrection".

Le nom de l’album : « Undeniable Resurrection ». Sur des complaintes hip-hop, Ross Byrd raconte. Se raconte. Le titre phare ? « Murder », le meurtre. Des choeurs l’accompagnent alors qu’il scande son histoire : « En 1998, le 7 juin était le jour, le jour où j’ai perdu un père… » A Jasper, au Texas, ce crime raciste fait la une des journaux.

Trois blancs s’acharnent sur un noir : James Byrd, le papa de la chanson. Ils le battent. Ils l’enchaînent par les chevilles à l’arrière d’une voiture. Ils le traînent sur cinq kilomètres d’une route bosselée, poussiéreuse. Ross, le fils, grand gaillard de 18 ans, sportif, fait alors ses gammes au sein de l’armée. Première réaction : « Douleur. Haine. Revanche ».

La « résurrection » que le rappeur raconte dans sa musique, c’est la sienne, après un chemin de croix, après une prise de conscience. Lorsqu’en 1999 tombe le premier verdict pour le trio funeste, le public applaudit : John William King, membre d’une faction du Ku Klux Klan, tatoué d’une swastika nazie, est condamné à mort. Sur les marches du palais de justice, Ross, satisfait, déclare alors : « Et de un, plus que deux ! ». Rapidement, les autres sentences s’enchaînent : peine capitale pour Lawrence Russell Brewer, prison à vie pour Shawn Berry. « A cette époque, avoue Ross, j’étais tellement envahi par la vengeance que je me réjouissais de leur mort prochaine. La peine de mort, c’était tout ce que j’avais. »

Mais Ross lit, s’informe. Il rencontre d’autres familles de victimes, toujours plus nombreuses aux États-Unis à grossir les rangs abolitionnistes. Ross prie aussi, beaucoup. Peu à peu, il prend conscience d’une injustice : « nombreux sont les innocents, afro-américains pour la plupart, qui attendent leur exécution, faute d’argent pour se défendre. » Surtout, la musique devient son échappatoire : « Quand les évènements vous frappent de plein fouet, il faut aller de l’avant et rester positif. En composant, j’ai pu coucher sur le papier mes sentiments, mes émotions. »

Enfin, en 2002, tard un soir, Ross confie son revirement psychologique à son producteur et ami Ricky Jason : « je refuse que les assassins de mon père meurent. » Et le vrai déclic survient alors que John William King voit tout espoir de faire appel du jugement rejeté : Ross reconnaît que « son exécution n’atténuera pas [sa] douleur. » Profondément croyant, il trouve réconfort dans la Bible et son premier commandement : « tu ne tueras point ».

Aussitôt, soutenu à « 100 % par sa famille », Ross surprend le pays par une volte-face publique : la peine capitale est une erreur, dans tous les cas. Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, il rejoint des activistes notoires, Martin Luther King III, Dick Gregory ou encore le Révérend Osburn, pour participer à une veillée de prières de 24 heures devant les couloirs de la mort de Huntsville. Là même où croupissent les assassins de son père. Depuis, le chanteur se retrouve propulsé sous les feux de la rampe abolitionniste. Il multiplie conférences, marches et manifestations, proteste ardemment à chaque exécution.

L’année dernière, à Cleveland, son « engagement à préserver la vie et les droits de l’homme » a même été récompensé du prestigieux prix Martin Luther King. A seulement 24 ans, Ross est parti en croisade.

Son dernier haut fait ? Le 22 mars, il accepte de se rendre à la prison de Rosharon, à une soixantaine de kilomètres de Houston, et de discuter avec Shawn Berry, l’un des trois bourreaux de son père. Le seul, d’ailleurs, à avoir exprimé des remords. Byrd et Berry ont prié. Ensemble. « Je voulais franchir ce pas, entendre les faits de sa bouche. Ses excuses m’ont aidé à trouver la paix », affirme Ross, qui, aujourd’hui, s’estime heureux d’être débarrassé de sa colère. Soulagé même « d’un fardeau. » Et d’ajouter : « en voulant leur mort, je me tuais moi-même. »

Aussi, le rappeur raille volontiers son pays qui se prétend civilisé sous prétexte, d’avoir, au fil des siècles, amélioré ses techniques de mise à mort : « Où est le progrès ? Cela reste un meurtre. Tout ce que la peine capitale apporte dans ce monde, c’est plus de haine encore. »

Pour briser le cycle de la violence, Ross se dépense sur tous les fronts, la création d’une fondation pour la jeunesse, un entretien avec le Pape en novembre.

Et surtout, il utilise la scène comme un tremplin. Son espoir : « délivrer mon message, toucher des vies, des coeurs, des âmes ». Depuis décembre, le CD hommage à son père s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires. Pour Ross, le combat continue. Son combat, c’est sa résurrection.

Nadège Monschau


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