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Pourquoi ce principe est-il en péril : peur - sécurité - lutte contre le terrorisme (Kä Mana)

novembre 2007



Besoin de sécurité et volonté de puissance

SEMINAIRE INTERNATIONAL DE LA FIACAT:

L'INTERDIT DE LA TORTURE: UN PRINCIPE EN PERIL

 

Lungern (Suisse) - 30 avril - 2 mai 2007

L'interdit de la torture : un principe en péril

 

30 avril 2007

 

Pourquoi ce principe est-il en péril : peur - sécurité - lutte contre le terrorisme

 

 


 

Extrait du récit de la Passion selon L'Evangile de Jean ( 19.1-5)

 

« Alors Pilate emmena Jésus et le fit fouetter. 2Les soldats qui avaient tressé une couronne avec des épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. 3Ils s'approchaient de lui et disaient : « Salut, le roi des Juifs ! » et ils se mirent à lui donner des coups. 4Pilate étant sorti à nouveau dit aux Juifs : « Voyez, je vais vous l'amener dehors : vous devez savoir que je ne trouve aucun motif d'accusation contre lui. » 5Jésus vint alors à l'extérieur ; il portait la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Pilate leur dit : « Voici l'homme ! »

 

(Traduction oecuménique de la Bible)

 

 

Réflexions de Kä Mama faites le 30 avril en fin d'après-midi à propos de ce texte.

 

Hubert a pris une perspective philosophique. J'aimerais prendre une perspective théologique, avec un texte bien connu et des personnages qui font partie de notre imaginaire : Pilate, Jésus, les Juifs. J'attire votre attention sur le fait que le texte que je vous ai proposé en lecture pour préparer ce moment de partage que nous passons ensemble se termine par la phrase suivante : Jésus « vint alors à l'extérieur, il portait la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Pilate dit alors aux Juifs : « voici l'homme ».

 

J'aurais voulu vous proposer en même temps un autre texte. Je ne l'ai pas fait parce que je ne je ne savais pas comment vous réagiriez face au personnage que je voulais rapprocher de Jésus. Je me suis décidé de ne vous lire ce texte que séance tenante, pour introduire notre travail de réflexion sur l'interdit de la torture.

 

Le voici :

Visage calme et serein, sous une lumière vive braquée totalement sur sa personne, que le monde entier regarde alors à la télévision, soit avec amertume et compassion, soit avec haine et dégoût, un homme avance vers sa propre mort. Il va mourir dans deux ou trois minutes et il le sait. Entouré par deux bourreaux cagoulés, il est le seul dont le visage brille sous les lumières des caméras. Il doit avoir froid car il porte un épais manteau d'hiver. Il avance lourdement, les pieds enchaînés, vers le lieu d'exécution. Arrivé à ce lieu où sa vie va s'achever, il s'arrête et regarde ceux qui seront témoins des derniers instants de son existence. Soudain le groupe de ses bourreaux se met à l'insulter, à se moquer de lui, à lui rappeler les victimes de ses propres crimes et surtout du plus célèbre d'entre eux, celui d'un haut dignitaire religieux pendu par le régime du tyran qui allait lui-même être pendu à l'aube de ce jour fatidique. Celui qui devait mourir écoute les insultes sans broncher. Puis, calmement, il ouvre la bouche et dit : « Haya roujoula ! ». Cela veut dire : « c'est ainsi que vous êtes des hommes !  ». Ce fut sa dernière parole avant qu'il ne récite la profession de foi musulmane qu'il n'eut pas le temps de terminer. Le sol se déroba sous ses pieds et la corde se resserra brutalement autour de son cou. Le procureur qui l'avait accablé tout au long du procès et requis la peine de mort à son encontre fut outré par l'attitude des bourreaux. Il eut ces mots extraordinaires pour répondre au « Haya roujoula ! » du condamné à mort: «L'homme, c'est celui qui est en train d'être exécuté ».

 

Vous avez sans doute compris que l'homme dont je retrace ici les dernières minutes de la vie est Saddam Hussein.

 

J'ai voulu rapprocher ce récit de sa mort avec le récit de la mort du Christ selon les Evangiles.

 

Ce qui ressort de ce rapprochement, c'est la figure de l'homme. « Voici l'homme » dit Pilate, « l'homme est en train d'être exécuté » dit le procureur qui avait pourtant accablé Saddam Hussein au procès. Plus pathétique encore, Saddam Hussein découvre lui-même ce que c'est que d'être un homme au moment même où il quitte ce monde, parce qu'il s'adresse à ses bourreaux en leur disant « c'est ainsi que vous êtes des hommes ! ». Comme si tout à coup il découvrait qu'on ne peut pas être un homme et se comporter comme ils se comportent, c'est à dire comme lui-même s'est comporté tout au long de sa vie, en humiliant les autres, en accablant les autres, en torturant les autres, en exécutant à tour de bras, en suppliciant des condamnés, en massacrant des villages entiers. Au dernier moment de sa vie il a compris que ce n'était pas cela être homme, et là, il s'est rapproché quelque part du Christ, au plus profond de lui-même. Il est mort, si je puis dire, dans une éblouissante révélation de l'être profond de l'homme. On peut même dire : il a enfin vu l'Homme en lui-même avant de rendre le dernier souffle.

 

La question fondamentale de la lutte contre la torture n'est-elle pas celle qui se manifeste ici : découvrir ce qu'est l'Homme et savoir qu'il existe un interdit absolu face à lui : l'interdit de le soumettre à la torture et aux traitements humiliants et dégradants ? L'Homme que nous découvrons en Christ et en Saddam est l'Homme tout court. Je voulais juste partager avec vous la figure de cet Homme à des siècles d'intervalle, à deux moments tragiques qui nous le découvrent dans un contraste saisissant, celui qui oppose un innocent torturé et un criminel supplicié tout en les unissant dans notre commune humanité. Le fondement de l'interdit absolu de la torture, c'est l'Homme.

 

 

Kä Mana

Professeur d'éthique, de métaphysique et de pensée africaine à l'Institut supérieur de pédagogie pour sociétés en mutation au Cameroun




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