Nigeria, Le droit contre les pierres
Hauwa Ibrahim

2005

Hauwa Ibrahim
Avocate nigériane

« Les peines prononcées sont inhumaines : lapidation, fouet, amputation… »

Nigeria, Le droit contre les pierres

Hauwa Ibrahim se bat contre la lapidation à mort. Avec la montée de l’Islam intégriste, cette pratique est devenue légale dans le pays et courante pour les femmes accusées d’adultère. Ses mots s’envolent et piquent. Justes. Droit dans le coeur.

Le coup pourrait être fatal. Il se veut, au contraire, un électrochoc. Malgré la pudeur de ces termes, malgré sa retenue, Hauwa Ibrahim fait comprendre d’un geste, d’un regard le supplice de ces femmes nigérianes accusées d’adultère et condamnées à une mort atroce. La lapidation.

Pour elles, l’avocate est prête à risquer sa vie. Et à déclarer la guerre à cet Islam intégriste qui étend désormais son emprise sur le Nord du Nigeria. Depuis 1999, douze États, sur les 36 que compte le pays à structure fédérale, ont instauré des Cours de Justice islamique (cour de Charia). Comme au temps des Talibans en Afghanistan, des miliciens se chargent de faire appliquer la Charia (le droit musulman) et traquent « les comportements déviants ».

L’une de leurs dernières victimes se nomme Amina Lawal. Âgée d’une trentaine d’années, la jeune femme a entretenu une liaison hors mariage et donné naissance à un enfant. Pour les fondamentalistes, c’est un crime passible de la peine capitale. Aujourd’hui, dans les yeux d’Hauwa, la colère a fait place à la détermination. Pour la défendre, elle se sent prête à tout.

Le dossier, elle l’a étudié jusqu’à épuisement. Elle en connaît chaque ligne, chaque virgule par coeur. Lors de sa première comparution, Amina Lawal était seule face à ses juges. Cette entorse à la charia, Hauwa compte bien la retourner contre les accusateurs pour casser le jugement. Et effacer la terrible sentence : « enterrée jusqu’au cou puis lapidée ». Pourtant, au Nigeria, Amina est loin d’être seule sur le banc des coupables.

Depuis quelques années, les dossiers s’accumulent dans le bureau de Maître Ibrahim : Safya Husseini en 2002 mais aussi de plus en plus d’hommes et de couples. « J’ai travaillé sur 47 affaires liées à la Charia, explique l’avocate.

Les peines prononcées sont inhumaines : lapidation, fouet, amputation… Ces affaires ne rencontrent aucun écho auprès du gouvernement alors même que la Constitution interdit de tels traitements. Seule la mobilisation internationale peut forcer les autorités à faire cesser ces condamnations injustes. »

Engagée auprès de l’ONG nigériane Baobab, cette mère de deux enfants milite pour l’accès à l’éducation des plus démunis. Le vrai remède, selon elle, à l’obscurantisme religieux : « Dans les campagnes du Nord, à peine 2 % des gens savent lire et écrire, contre 80 % dans le sud du pays. »

Pauvreté, analphabétisme, indifférence du pouvoir central. Hauwa Ibrahim connaît bien ce terreau dont les extrémistes font leur lit. Elle est née à Hinnah, un bourg miséreux de 2000 âmes sans eau courante, ni électricité. Comme toutes les filles de son âge son avenir semblait tout tracé : école primaire, mariage à douze ans. Elle a refusé.

Bravé les ordres de son père, un mollah. Et financé ses cours en vendant des légumes sur les marchés. L’argent devait constituer sa dot. Il servit à son éducation. « Je voulais faire des études, quelles qu’elles soient. Pour briser le joug imposé aux femmes de ma région. »

À 35 ans, Hauwa est devenue une icône. Mais son charisme gêne. Elle vit au quotidien sous la menace des extrémistes qui l’accusent d’avoir trahi sa religion. Devant les tribunaux islamiques, on lui interdit de plaider.

C’est une femme. La première Nigériane musulmane et avocate. La majorité de ses confrères sont chrétiens et rechignent à intervenir dans les dossiers ayant trait à l’Islam. Hauwa, elle, refuse de reculer. De se laisser intimider. À dos d’âne, elle arpente les chemins de sa terre natale pour offrir ses services. Gratuitement. « Je ne suis pas Imam, je ne commente pas le Coran, précise-t-elle.

Mon seul but est de faire respecter les droits fondamentaux de chaque être humain, comme le respect de la loi ou le droit de chacun à un procès équitable. » Aujourd’hui, la cause d’Hauwa a dépassé les frontières du Nigeria. Les soutiens affluent du monde entier. Reste le plus difficile : faire entendre sa voix dans son propre pays.

Christelle Pangrazzi


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