Le St Siège se positionne contre la peine de mort

janvier 2004

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Le St Siège se positionne contre la peine de mort

A plusieurs reprises, le pape Jean-Paul II s’est déclaré opposé à la peine capitale et a appelé à trouver des « mesures urgentes et adaptées » pour « bannir la peine de mort », qu’il juge « cruelle et inutile ». La position ci-dessous résume parfaitement la position du St Siège à ce sujet.

À l’occasion de la discussion, par la 3e Commission de l’Assemblée générale de l’ONU, du point 116 A de l’ordre du jour, « L’abolition de la peine de mort », l’Observateur permanent du Saint Siège, Mgr Renato Raffaele Martino, a fait le 2 novembre 1999 la déclaration suivante :

Monsieur le Président,

Depuis plus de deux décennies, la communauté internationale étudie le problème de la restriction et de l’abolition de la peine de mort. La nécessité d’un moratoire en ce qui concerne la peine de mort se fait toujours plus pressante, comme le montre la récente résolution adoptée par la Commission des droits de l’homme (1999/61) du 28 avril 1999. La Délégation du Saint Siège accueille volontiers l’initiative d’une résolution, classée 116 A, sur la réduction et si possible l’abolition de la peine de mort, et exprime sa gratitude à tous ceux qui ont contribué à cette initiative.

Le droit à la vie est un droit inaliénable de toute personne humaine. Il s’ensuit que l’actuel projet de résolution soumis à notre discussion devrait être compris comme une puissante affirmation de la dignité de la personne humaine, du caractère sacré et de l’inviolabilité de la vie humaine. Les instruments internationaux sur lesquels s’appuie ce projet de résolution sont, de fait, des expressions contraignantes et non pas des substituts de ce principe de l’inviolabilité et du caractère sacré de la vie humaine.

La position du Saint Siège est donc que les autorités, même pour les crimes les plus graves, devraient se limiter à user de châtiments qui n’entraînent pas la mort, étant donné que ces moyens « correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine » (Catéchisme de l’Église catholique, N° 2267). Les États ont aujourd’hui à leur disposition de nouvelles possibilités pour « prévenir effectivement le crime, en rendant celui qui a commis une telle faute incapable de faire du mal, sans lui enlever définitivement la possibilité de se racheter » (cf. Jean Paul II, Evangelium vitae, 56).

Il est de notoriété publique que le Pape Jean Paul II est intervenu personnellement en de nombreuses circonstances pour lancer un appel à la clémence en faveur d’individus condamnés à mort. II a appelé à un moratoire en ce qui concerne le recours à la peine de mort, au moins à l’occasion de l’Année jubilaire qui approche.

Cette année, le 27 janvier, il a déclaré à Saint Louis : « II y a un signe d’espoir dans la reconnaissance croissante que la dignité de la vie humaine ne doit jamais être négligée, même dans le cas de quelqu’un qui a fait beaucoup de mal. La société moderne a les moyens de se protéger, sans ôter au criminel de manière définitive la possibilité de se corriger. Je renouvelle l’appel, que j’ai lancé récemment à Noël, à un accord pour supprimer la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile » (cf. DC 1999, N°. 2198, p.183. NDLR).

Bien trop souvent, et en de trop nombreuses sociétés, le verdict de peine capitale s’accompagne d’inacceptables signes publics d’effroyable vengeance et de revanche. Bien trop souvent, ce sont les personnes qui sont des pauvres ou qui appartiennent à des minorités ethniques qui sont le plus susceptibles d’encourir cette peine. Même des jeunes et des personnes dont la capacité mentale est atténuée sont exécutés. Combien de personnes innocentes ont été exécutées par erreur ?

Monsieur le Président, permettez moi de le dire clairement : toute personne dont la vie prend fin dans une chambre à gaz, par pendaison, par une piqûre létale ou par un peloton d’exécution, est l’une d’entre nous : une personne humaine, un frère ou une soeur, aussi cruelles et inhumaines que puissent apparaître ses actions.

L’activité criminelle exige une punition effective. Mais il n’existe aucune évidence définitive qui puisse encourager la croyance que la peine de mort réduit la probabilité de nouveaux crimes d’une extrême gravité. L’exploitation populiste de la peur ou de l’insécurité ne remplace pas la dure évidence. Le crime sera vaincu de manière significative par une large politique d’éducation morale, de travail effectif de la police et en s’attaquant aux racines de la criminalité. La peine devrait être assurée et proportionnelle au crime, mais elle devrait aussi avoir pour but de permettre au criminel, chaque fois que cela est possible, de devenir un membre constructeur de la société.

Monsieur le Président, à l’aube d’un nouveau millénaire, il convient que l’humanité devienne plus humaine et moins cruelle. À la fin d’un siècle qui a vu des atrocités inimaginables contre la dignité de la personne humaine et ses droits inviolables, le fait d’envisager sérieusement l’abolition de la peine de mort sera une entreprise remarquable pour l’humanité.

L’abolition de la peine de mort, aussi louable que soit cette abolition, n’est qu’un pas vers l’instauration d’un plus grand respect de la vie humaine. Si des millions de vies en germe sont éliminées à leur début même, et si la famille des nations peut prendre acte de tels crimes sans que sa conscience en soit troublée, l’argumentation en faveur de l’abolition de la peine de mort deviendra moins crédible. La communauté internationale sera t elle préparée à condamner une telle culture de mort et à se faire l’avocate d’une culture de vie ? La vie humaine exige protection et mérite le respect. Cette protection et ce respect devraient être assurés à tous les stades de la vie humaine et partout dans le monde.

Monsieur le Président, la discussion sur la restriction et l’abolition de la peine de mort appelle de la part des États une nouvelle conscience du caractère sacré de la vie et du respect qu’elle mérite. Elle demande que l’on ait le courage de dire « non » aux meurtres en tout genre, et elle exige que l’on ait la générosité de donner à ceux qui ont perpétré des crimes, même les plus atroces, la chance d’une vie nouvelle dans une perspective de guérison et de pardon. Si elle agit ainsi, l’humanité peut être sûre qu’elle sera meilleure.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

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