L’interdit de la torture : un principe en péril (Kä Mana)

novembre 2007


Séminaire Fiacat Lungern Avril - Mai 2007-09-18

SEMINAIRE INTERNATIONAL DE LA FIACAT:

L'INTERDIT DE LA TORTURE: UN PRINCIPE EN PERIL

 

Lungern (Suisse) - 30 avril - 2 mai 2007

L'interdit de la torture : un principe en péril

 

2 mai 2007

 


Mes prédécesseurs viennent de situer le problème à un tel niveau de réflexion qu'il me faut moi-même rester à ce même niveau pour moduler mon intervention. Je reste accroché à ce qui a été, depuis le début de notre rencontre, l'intuition centrale à laquelle j'ai voulu éveiller notre conscience. Cette intuition, je voudrai maintenant l'exprimer sous forme d'une profession de foi qui rapproche deux personnalités complètement dissemblables de l'histoire humaine : Jésus de Nazareth et Saddam Hussein. Je l'exprime ainsi : « Jésus-Christ est notre Seigneur et Saddam Hussein est notre frère ».

 

Nous avons torturé et tué et Christ médiateur

 

Laissez-moi commenter cette profession de foi pour indiquer le lien profond qu'elle a avec le problème de la lutte contre la torture dans un monde comme celui où nous vivons, un monde structuré et formaté par la torture, et pour la torture.

 

Quand je dis : «  Jésus-Christ est notre Seigneur », je devrais préciser tout de suite qu'il est notre Seigneur torturé. Oui, le Christ est notre Seigneur torturé, humilié, crucifié par l'un des systèmes d'oppression les plus inhumains de l'histoire. Quel est le sens de cette macabre réalité du fils de Dieu torturé et crucifié, du Dieu qui subit de la part des hommes la pire des sanctions : une condamnation à mort et une exécution capitale  sanglant et abominable ? Le sens anthropologique qui est derrière cette réalité, c'est la révélation d'une vérité fondamentale : en humiliant, en torturant et en crucifiant le Christ, l'homme n'a pas voulu que le Christ occupe la place qu'il a voulu occuper dans la vie de l'humanité. Cette place, la théologie traditionnelle l'exprime par le terme de médiation, par la vision du Christ comme Christ médiateur. Il faut entendre ce mot de  médiateur dans le sens profond de la philosophie personnaliste quand elle voit dans la personne humaine un être de relations qui ont un sens parce qu'elles sont vécues comme des relations essentiellement et profondément humaines. Par le mystère de l'incarnation, Jésus a pris l'option de devenir le médiateur absolu dans toutes les relations par lesquelles l'humanité de l'Homme se manifeste : les relations avec le monde de la nature dans ses systèmes vitaux fondamentaux, les relations entre les Hommes dans le monde humain, les relations que chaque personne avec le monde de sa vie intérieur, et la relation de l'Homme et de l'humanité avec le sens ultime de l'existence, là où se noue le lien spirituel avec Dieu comme profondeur d'humanité et transcendance absolue.

Dans le problème de la torture qui nous concerne, Dieu, en Jésus-Christ, a voulu nous dire une chose simple : il n'y a pas de relation d'immédiateté entre les pôles qu'unissent toutes notre relations. Il n'y a pas de relation d'immédiateté entre moi et autrui. Entre moi et autrui il y a la présence, incontournable et décisive, du Christ. Le Christ fait d'autrui mon frère, mon prochain dans une médiation d'humanité qui devient le socle, le souffle et la substance de la relation authentique entre les humains. A partir du moment où entre moi et autrui s épanouit la présence du Christ je ne peux pas regarder autrui devenu frère ou sœur autrement que dans l'authenticité de notre humanité commune dont le Christ garantit la dimension éthique et la force spirituelle. Je ne peux pas regarder autrui sans que le Christ soit ce regard-là, soit le cœur et la pulsation de la manière dont j'appréhende l'autre et dont je me fait appréhender par lui dans notre humanité dont le Christ a remodelé la substance dans une authenticité qui est désormais notre être même. C'est là la signification la plus profonde de ce que nous refusons en crucifiant Dieu. Nous refusons que Dieu devienne la médiation absolue de la relation entre moi et mon autrui. Ou, pour le dire autrement, nous refusons qu'il y ait un principe éthique et spirituel de régulation des relations entre les humains. Nous voulons des relations d'immédiateté brute, c'est-à-dire des relations de violence. Or, en Christ, il n'y a pas de relation vraie entre moi et l'autre, entre moi et autrui s'il n'y pas un principe spirituel qui régule cette relation. Le Christ est ce principe. Et c'est ce principe que l'humanité a refusé en crucifiant Dieu, c'est à dire en l'évacuant comme dynamique médiatrice consciente de valeurs spirituelles qui me lient à autrui et font de nous des personnes authentiques dans leur humanité. A la place de cette relation d'authenticité humaine, on instaure des dynamiques d'intérêts destructeurs, d'égoïsmes mortels, de violences foncières qui plongent le monde dans le non-sens des relations d'immédiateté absurde, celles qui déshumanisent les êtres et inhumanisent le monde, pour ainsi dire.

Lorsque cette immédiateté s'érige en principe de relation, l'autre, autrui, ne peut pas être mon frère, ma soeur, il ne peut pas être mon prochain, il ne peut pas habiter la même authenticité d'humanité que moi. Je le transforme soit en une simple marchandise comme le fait le système du marché mondial actuel, soit en chose sur laquelle je peux exercer toute ma volonté de puissance, toute ma violence. La pratique de la torture s'enracine dans ce choix spirituel fondamental à l'échelle individuelle.

Mais, ce choix, il ne faut pas l'entendre comme un simple choix individuel, c'est un profond choix de civilisation qui caractérise notre monde. Tout se passe comme si, devant la proposition de Pilate de relâcher Jésus ou Barrabas, l'humanité avait choisi Barrabas. Au principe Christ, elle a préféré le principe Barrabas. Nous sommes en plein dans ce choix de civilisation et la torture devrait être comprise comme l'expression, la manifestation et la concrétisation de ce choix-là.

J'insiste : tout est dans ce choix si l'on veut comprendre la manière dont la torture dans ses fondations mêmes. Elle est négation de la médiation de Dieu, de la médiation du Christ, de la médiation de l'Esprit, de la médiation des valeurs spirituelles dans les relations interpersonnelles, dans les relations entre peuples, dans les relations entre pays et dans les relations entre civilisations. Le monde est ainsi devenu un monde sans médiations spirituelles entre ceux qui l'habitent. La violence ne peut qu'en être la substance : violence de l'ultra-libéralisme, violence du terrorisme d'Etats ou violences des groupes organisés, violences des guerres civiles, des guerres entre Etats ou des crimes quotidiens qui transforment la vie en espace d'insécurité permanente. Sur un tel terreau, la torture comme pratique devient système : système de mentalités, système d'organisation sociale, système de destruction de l'humain. En fait, en ayant tué le Christ comme médiateur, nous avons tué le sens des relations spirituelles et le monde a fait le choix de vivre sous le règne du principe de Barrabas. Voilà ce que signifie et symbolise, anthropologiquement parlant, le destin du Christ humilié, torturé, crucifié par le système politico-religieux de son temps.

Le plus grave, dans notre situation actuelle, c'est que nous vivons dans un monde où ce que nous avons nié comme principe de régulation éthique et spirituel entre les personnes et entre les peuples, nous le nions maintenant dans la relation avec la nature. Le Dieu qui n'est plus le chemin d'une personne vers une autre, d'une civilisation vers une autre, un pont d'un pays vers un autre, une route qui conduit un peuple vers un autre a également cessé d'être la substance de nos relations avec l'environnement. Nous avons désacralisé la nature pour mieux l'exploiter à notre profit, avec pour conséquence la torture que nous faisons subir à la terre par le mode de vie irresponsable qui et celle de l'ordre mondial actuel. Sous prétexte de tout mondialiser, nous avons tout fait éclater dans des divisions violentes, nous avons construit des murs de fausse sécurité ente les riches et les pauvres, et nous avons créé un monde de vie où les nations riches polluent et tuent le cadre de la vie, au risque de nous conduire à des catastrophes irrémédiables. N'ayant plus entre nos civilisations respectives des relations fondées sur des valeurs éthiques de transcendance spirituelle, qui puissent nous permettre d'établir des contacts authentiquement humains entre nous dans une humanité commune, nous sommes non seulement violemment plongés dans la guerre des religions, dans le choc des civilisations, dans le clash des mondes divisés mais aussi coupés de notre terre-patrie, comme dirait Edgar Morin. Nous n'avons plus de liens spirituels avec les forces profondes de la nature, les puissances telluriques qui portent dans leur mystère un profond respect du monde de la transcendance. Coupés de l'énergie sacrale de la terre et de l'univers, coupés les uns des autres par nos structures de violence, nous manquons de plus en plus de profondeur. Nous voici maintenant pris par le vertige de notre choix de civilisation perdus complètement dans le non-sens, sans repères éthiques ni principes qui puissent nous sortir de nos violences. Au lieu de sortir de ces violences, nous les théorisons par des euphémismes ridicules, avec des expression comme « guerre préventive », « dommages collatéraux », « guerre mondiale contre le terrorisme », «  défense de la civilisation contre la barbarie », « interrogatoire graduellement musclée », « résistance aux croisées et aux mécréants». Dieu seul sait ce que nous inventerons encore dans notre anthropologie de violence. Nous nous entretuions et nous tuons le cadre même de la vie tout en créant des mots et des théories qui nous rendent aveuglent face à nos propres barbaries.

Quand on arrive à un tel point de théorisation de la barbarie, le Christ cesse le souffle de la civilisation, même s'il y a plein de prières pour bénir nos armées et nos bombes avant de les larguer sur des populations désemparées.

J'affirme donc que la violence comme choix de civilisation et l'anthropologie fondamentale qu'elle induit sont le sol de la torture comme système. Spirituellement parlant, l'évacuation du principe Christ comme médiation spirituelle ne peut conduire qu'à une société structurée par le principe Barrabas, où toutes les tortures sont permises.

 

Le faux dilemme

 

Parmi nos théories qui masquent nos barbaries, il y a en une qui concerne les lois selon lesquelles nous avons le droit d'abattre un avion pour défendre les vies humaines dans nos villes si on est sûr que dans cet avion nous menacent de dangereux terroristes. Pour donner une tournure acceptable à ce type de loi, on présente le problème sous forme de dilemme : a-t-on le droit de laisser l'avion des terroristes s'écraser sur une ville et tuer des innocents ou devons-nous épargner les personnes qui sont déjà entre les mains de terroristes dans l'avion ? De même, pour justifier la torture, on lance les questions du type : « Est-il permis de torturer pour obtenir des informations pour sauver cent dix mille personnes en torturant une ou devons nous continuer à croire que la torture est illégale ? »

Face à ces questions, je ne peux pas m'empêcher de penser au piège tendu au Christ : «  Est-il permis de payer l'impôt à César ou pas ? », demandaient les ennemis du Christ.   Une question de type pharisaïque. Et Jésus nous éclaire sue le non-sens de ce type de question lorsqu'il demande seulement qu'on lui montre la pièce de monnaie où figure l'effigie de César. On connaît sa célèbre répartie : « Alors rendez à César ce qui est à César ».

L'avion avec ses terroristes, a-t-on le droit de l'abattre pour sauver toute une ville, oui ou non ? Jésus aurait pu répondre « Qu'est-ce qu'il y a d'écrit sur l'avion ? Si c'est Suisse, alors que la Suisse détruise l'avion, il appartient à la Suisse ». De même pour la torture, il aurait pu dire : « Rendes à la torture ce qui est à la torture », c'est-à-dire, la barbarie et l'absurdité d'un système dont les postulats, les règles, les principes sont inhumains. Jésus montrerait que le problème est dans le système que l'on met en place, un système où l'immédiateté de la relation entre moi et mon frère fait que je puis utiliser la violence pour écraser ce frère, parce que rien ne me permet de penser l'autre comme sacré. Et je ne peux penser l'autre comme sacré que s'il y a une dimension spirituelle dans notre relation. Je suis convaincu que le Christ défendrait la sacralité de chaque personne, de chaque peuple, de chaque civilisation en sortant du piège du système totalitaire de la violence qui veut se justifier avec des dilemmes spécieux.

Entre César et Dieu, il n'y aucune commune mesure. Faire le choix de Dieu, c'est se situer en dehors des présupposés du système de César. Il en est de même en ce qui concerne la violence et la torture. Dieu est en dehors de leur système qui refuse la médiation du Christ entre l'homme et l'homme, entre les pays, entre les peuples, entre les civilisations comme entre l'homme et son environnement.

Notre mal, notre drame dans le monde actuel, c'est que nous avons avalisé le style de pensée, ou le style de vie, ou le style d'action, d'une civilisation où les médiations spirituelles sont complètement détruites et évacuées. Il faut aller jusque là pour comprendre que c'est dans la réinvention de l'esprit de civilisation que nous devons situé la lutte contre l'interdit de la torture. Il faut aujourd'hui, dans cette réinvention, nous engager pour penser radicalement le problème de la torture, c'est-à-dire pour revenir aux valeurs fondamentales de la sacralité de la personne humaine et de la sacralité de notre cadre naturel de vie. Nous pourrions alors ouvrir le champ d'une dynamique globale pour que les hommes redeviennent des êtres humains.

 

Saddam, mon frère

 

Il faut maintenant que je parle de Saddam, Saddam Hussein notre frère tortionnaire. Oui, mon frère, mon prochain, notre frère, notre prochain. Et pensons cet homme et son destin, dans la dimension de la relation interpersonnelle. Si nous avions été dans un contexte où les valeurs spirituelles avaient eu leur sens, cet homme n'aurait jamais pu devenir le tortionnaire qu'il est devenu. Il y aurait eu au moins un homme, ou une femme, un parent qui aurait pu guider cet homme à prendre, non pas la route de la destruction de l'humain, mais à prendre la route de la construction de l'humain. Or, cet homme-là, j'ai l'impression qu'il n'a pas réellement existé sur la route de Saddam. Partout, on a voulu présenté le raïs irakien comme un monstre pur et simple. Mais qui ont fabriqué le monstre, oui, qui l'ont fabriqué ? Les grands de ce monde, les grandes nations et les grandes puissances que nous connaissons bien aujourd'hui. Nous savons quelles relations le prétendu monstre a tissé avec les présidents français successifs, avec les présidents américains, avec ceux-là mêmes qui ont fini par le tuer, par le pendre comme d'autres,longtemps avant, ont crucifié le Christ. Ces hommes-là ont rencontré Saddam à tous moments, ils ont mangé avec lui, ils ont dansé avec lui, ils l'ont reçu et ont été reçus chez lui, comment n'ont-ils pas pu tenir à cet homme un langage de type spirituel qui aurait pu développer l'humain en lui ? Comment ne l'ont-ils pas fait ? Au contraire l'ont encouragé à attaquer l'Iran, à attaquer le Koweit, et le monstre à un certain moment a cru que tout lui était permis. Il s'est cru Dieu et il est devenu Diable Il a développé des relations sans spiritualités, des relations de pure violence, dont la torture fut le moteur. Ceux qui ont vécu avec Saddam Hussein sont aussi responsables de ce qu'il est devenu, de lui-même. Et nous pouvons généraliser les choses et affirmer, comme Dostoïevski,que  nous sommes responsables ensemble et coupables de ce que notre frère est devenu dans les relations avec les autres .Mais personne aujourd'hui ne dit clairement que nous sommes responsables, que nous sommes coupables de ce qu'il est devenu.

Allons plus loin : même dans les relations avec les nations, l'Irak et les autres nations, il n'y a pas eu de relations spirituelles pour pouvoir faire de ce pays un pays comme tous les autres, dont les dictateurs auraient pu être maîtrisés par la communauté des nations. On ne l'a pas fait, au contraire. On a joué à la Frankenstein et le monstre a échappé à ses fabricants. Clinton avait beau se demander : « Pourquoi Saddam fait-il ce qu'il fait ? », il était trop tard pour que la créature maléfique redevienne un être humain. Clinton aurait pu aussi se demander en tant qu'Américain : « Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? », mais il n'a jamais pu se poser cette question, obnubilé qu'il était par la logique du système qu'il servait, un système où les nations n'ont aucune relation spirituelle et n'ont de médiation entre elle que les intérêts du marché. Qui est plus dangereux : le système ainsi structuré ou se fonctionnaires zélés comme Saddam ? Les deux, je crois. Pourquoi donc a-t-on pendu l'individu et laissé intact le système qui l'a fabriqué : l'ordre du Dieu Argent et de son marché sans cœur ni sens humain ?

 

Réalité étrange : à un certain moment, pris dans la mécanique terrible de la prison et de la marche vers la mort, voilà que le monstre se transfigure et devient presque sympathique. Saddam nous devient proche et nous nous sentons devenir chacun de nous le prochain de ce bourreau, le prochain au sens évangélique du terme. Et voilà que notre frère, confronté à la mort, et à la nécessité de rendre compte de ce qu'il a été, découvre une vérité essentielle. Quelle vérité ? Un livre. Tout au long de son procès, il l'a eu dans sa main, ce Livre, le Coran Ce Coran signifiait quoi, ce Coran de Saddam Hussein ? Il signifiait, tout à coup, la découverte d'une parole spirituelle qui a manqué à toute la politique du bourreau et du tortionnaire de Bagdad, qui a manqué aux relations qu'il avait tissé avec ses sujets, qui a manqué à sa politique de relations avec les autres nations. Saddam s'est accroché à son Coran comme un naufragé s'accroche à la première branche. Mais il était important que pendant des mois, cet homme apparaisse à la télévision avec ce Coran, et qu'il meure avec ce Coran. C'est là, que le principe spirituel devient alors un principe qui donne aux hommes la coresponsabilité, pour que la lutte ne soit pas la lutte des individus mais la lutte de nous tous, notre lutte communautaire contre l'inhumain qu'il y a dan notre monde et contre l'inhumain qu'il y a en nous..

 

Quand on regarde la dimension de la vie de notre frère, Saddam, qui redécouvre cette parole fondatrice et spirituelle, nous sommes ramenés à nos propres responsabilités. Et c'est là qu'il faut comprendre l'amour dans son sens paradoxal, qui nous pousse à aimer nos ennemis. Un théologien uruguayen, Luis Perez Aguirre, a fait une interprétation de l'amour de l'ennemi. L'amour de l'ennemi signifie : je vais l'empêcher d'être inhumain et de faire de moi un rien. Aimer son ennemi, c'est l'empêcher de faire le mal. Et çà, nous n'avons jamais pu le faire avec notre Saddam à l'échelle internationale. On aurait dû le faire, et il faudrait le faire maintenant avec d'autres personnes encore vivantes qui martyrisent et torturent leurs peuples. Non seulement avec ces Saddam qui existent encore maintenant dans nos pays à nous, mais aussi avec les grands de ce monde qui fabriquent de nouveaux monstres au nom de la logique du marché. Ces grands conçoivent les guerres contre les terrorismes, décident du droit à la vie et à la mort pour des peuples entiers, inventent des concepts, imposent partout le système du marché dont nous connaissons le coût humain. Sont-ils vraiment moins criminels que Saddam ? Tous ces gens, il faudra les aimer, c'est-à-dire les empêcher de faire le mal qu'ils font, consciemment ou inconsciemment. Il faut empêcher qu'il fasse du monde un monde démoniaque. Vous avez donc là, la dimension profonde de notre lutte : empêcher que l'interdit de la torture soit foulé aux pieds et que l'humanité s'enfonce dans le marécage de la violence à cause des grands de ce monde. La bataille devient alors une bataille de la construction des institutions, capables d'agir contre toutes les forces du mal aujourd'hui. Cela a un coût. Quand on voit ce que coûte la guerre contre le terrorisme, on a le devoir de tout faire que les moyens de vie puissent être investis dans la santé, l'éducation et les droits de l'homme. Il faudrait qu'on mette les moyens au service de l'humanité. Mais pour cela, il y va de notre engagement à tous pour que, d'une manière ou d'une autre, par notre présence dans cette société, nous puissions toujours rappeler que l'homme est homme, que chaque homme est homme, que nous sommes aussi des hommes et qu'il ne faudrait plus jamais que notre frère Saddam devienne ce qu'il a été. Pour cela il faut que Jésus redevienne notre Seigneur, même s'il est le Seigneur torturé, parce qu'il est devenu le Seigneur ressuscité.

En Jésus, nous comprenons que la vie devra être modulée par des institutions qui empêchent que des hommes deviennent des montres comme Saddam. L'interdit de la torture devrait devenir ce type d'institution. C'est une exigence de notre foi.

Je conclus. La théologie du Christ médiateur de toutes les relations humaines a besoin d'être redécouverte aujourd'hui et placée au cœur de nos combats contre la banalisation de la violence et l'intensification de la torture dans les pratiques sociales d'aujourd'hui. En même temps, la politique des puissants de ce monde qui fabriquent et soutiennent des monstres avant que ceux-ci n'échappent à leur emprise et deviennent leurs bêtes noirs doit être vigoureusement dénoncée, quelle que soit le verbiage idéologique et les concepts dangereux qui cachent l'implication des nations riches dans la fabrication de nos monstres. Cependant, il faut toujours savoir que ces monstres dont le mal se déploie dans la complicité avec le système mondial sans repères spirituels restent des êtres humains, nos frères. La fraternité qu nous lie à eux est un élément fondamental de notre humanité authentique : notre humanité par laquelle nous pouvons prendre conscience du mal qui est en nous et dans notre monde pour le combattre par une attitude spirituelle qui redécouvre le souffle et la médiation du Christ et par la construction des digues sociales que sont les institutions. Dans cette mesure, le Christ et Saddam Hussein représentent à yeux eux symboles profonds des possibilités de notre humaine condition.

 

Débat

 

Questions :

-         Je ne sais pas si je vous ai bien compris, Monsieur le pasteur, est-ce exact que vous avez dit qu'on peut tuer cet avion où il y a des personnes qui risquent de détruire toute une ville ? Théologiquement, personnellement au niveau éthique, je ne crois pas que l'on puisse justifier cela en aucune façon.

 

-         Est-ce que dans nos réalités quotidiennes en Afrique, vous pensez que par l'amour, si nous nous y mettons, nous serons capables d'aimer les tortionnaires et de les amener à ne plus faire le mal ? Etes-vous optimiste ?

 

  1. Je précise ce que j'ai voulu dire sur le cas de l'avion. C'est Hubert qui a soulevé cette hypothèse en parlant des questions qu'on se posait en Allemagne sur la possibilité d'abattre les avions qui tombent entre les mains des terroristes. A notre entrée dans cette salle pour l'actuelle séance, voilà que quelqu'un lui a apporte un journal où il est dit que la Suisse a décidé qu'on peut abattre ces avions pour sauver les populations : sacrifier les personnes qui ont dans l'avion pour sauver celles qui sont dans la ville. L me semble curieux, que la réponse soit donnée sous cette forme abrupte, alors qu'une telle question devrait avant tout conduire à une réflexion de fond sur les sources, les causes et les enjeux du terrorisme en général. Cette dimension profonde du problème est évacuée par une réponse superficielle, qui veut s'attaquer à une petite partie d'un mal immense sans s'enquérir de la profondeur de ce mal. Nous sommes devant le piège d'une fausse réponse à une redoutable question. Prendre position face à une telle réponse concrète, c'est tomber dans le piège du système à l'intérieur duquel le terrorisme a émergé. Le système sait ce qu'il veut faire et il ne veut que notre adhésion à sa solution déjà élaborée. Ce qui me semble important, c'est d'aller vers les questions de fond sur le terrorisme et son fonctionnement dans le système mondial et les relations entre les nations aujourd'hui. Si nous le faisons, nous verrons que l'exemple de l'avion des terroristes, tout comme celui de la torture à infliger à un terroriste pour obtenir des informations précieuses sur une bombe à retardement qui va exploser dans les heures ou les minutes qui suivent, est un faux exemple pour tenter d'expliquer l'inexplicable, de défendre l'indéfendable. A ces tentatives, j'estime qu'il faut opposer les principes d'absolu humanité, comme celui de l'interdit de la torture. C'est un interdit absolu, un point un trait, où que l'on soit et quelles que soient les conditions dans lesquelles on vit. Ne nous rendons pas complices du système qui secrète le terrorisme en entrant dans la logique des hypothèses spécieuses qu'il nous présente comme cas d'école. Ces hypothèses sont des vrais pièges. Si nous répondons : « oui, il faut abattre l'avion », on va nous rétorquer : «  comment, vous les défenseurs des droits humains, vous pouvez cautionner la mort de pauvres passagers enfermés dans les filets du terrorisme dans l'avion ; ne pouvez-vous pas imaginer une solution négociée avec les terroristes ? » Et si nous répondons : « non, il ne faut pas abattre l'avion », la réplique suivra, tout aussi éplorée  «  comment, vous, les défenseurs des droits de l'homme, vous pouvez imaginer la mort des pauvres citoyens innocents qui vivent paisiblement dans la ville menacée par un avion devenue terroriste ? » On nous met dans un dilemme tel que, quelle que soit la réponse, on est confronté à la mort d'innocents. Le choix qui nous est proposé est celui de choisir entre la logique de Caïphe qui veut qu'une seule personne à la place d'une nation, et le choix d'Al-Qaïda, qui veut que des tours jumelles soient détruites, quelle que soit l'ampleur des dégâts et des drames humains. Dans la logique qui nous est proposée, c'est le nombre de victimes qui décide, non le fait que chaque vie humaine est une vie humaine à protéger. Le nombre, les chiffres, c'est notre logique marchante, ce n'est pas la loi spirituelle du respect de l'humanité en tout homme. Voilà ce que j'ai voulu dire. Face au dilemme du même type sur l'impôt à César, Jésus a trouvé le moyen, de contourner la question pour montrer le vrai enjeu de l'attitude à prendre. Tout se passe comme s'il disait : « Si vous êtes dans le système, si vous croyez aux lois, aux principes et aux pratiques du système sans vous interroger sur leur légitimité et leur portée éthique, eh bien obéissez au système, mais sachez que la vraie réponse est de ne pas être dans le système s'il est porteur de mal et chargé d'énergies destructrices ; au lieu du système, choisissez d'appartenir à Dieu et travaillez pour que le monde soit conforme au projet de Dieu ».

Je réponds maintenant à la deuxième question. Je comprends le désarroi de Lucie par rapport à tout ce qui se passe en Afrique. Nous avons tellement de tortionnaires chez nous, nous avons tellement de torturés dans nos geôles et nos camps de malheurs quil peut paraître d'utiliser le terme d'amour dans un contexte de telle inhumanité et de proposer un tortionnaire Saddam comme un frère en humanité? Evidemment, si l'on prend l'amour au sens de sentimentalité bucolique, le choc psychologique est énorme. Or, au sens spirituel profond du terme, l'amour ne désigne pas une quelconque disposition sentimentale, c'est un commandement, le commandement du Christ, il fit partie des exigences de notre foi et de notre engagement chrétien, ni plus ni moins. Il désigne l'impératif non seulement de se situer dans une relation spécifique avec un individu spécifique, même s'il est ennemi, mais surtout de construire un type de société et de civilisation où nous devons être capables d'empêcher que les méchants, comme diraient la Bible, développent et imposent leur logique de destruction de nos nations. L'amour, ce n'et pas seulement une exigence de nouer avec les autres des relations d'humanité authentique, c'est surtout de construire une civilisation d'humanité authentique. Voilà la radicalité de la foi chrétienne. Toi Lucie, tu viens d'un pays qui est détruit par une division tribale factice, dans un système volontairement fabriqué par des hommes de pouvoir .Ceux-ci détruisent le Burundi en poussant les gens à croire qu'il y a deux tribus qui doivent s'entretuer, dont l'une devra ou dominer ou anéantir l'autre. Nous, notre travail est de dire à ces hommes de pouvoir : «  Vous ne nous entraînerez pas dans votre logique de l'inhumain, nous ne vous suivrons pas, nous résisterons à cette logique et nous construirons une autre, celle de notre authentique humanité que l'Evangile révèle ». Avec une telle réponse, nous sommes obligés de construire des digues, de donner à la société la possibilité de construire des digues et d'aménager des espaces pour le bonheur partagé. C'est une œuvre de création qui nous incombe. Et théologiquement parlant, le travail de la création est un travail de construction de digues, on pousse le chaos loin et on établit un Eden. Dieu crée, en fait, en organisant par sa parole un espace de bonheur entouré d'un immense chaos. Il est bâtisseur de digues. En termes humains, disons qu'il fait de nous des bâtisseurs de digues : et les digues, ce sont des institutions pour protéger l'humanité authentique en nous et en faire le ciment de la vie sociale.

 

Je voudrais insister ici sur une autre de nos responsabilités communautaires ; le refus de participer à la fabrication des monstres. Nos dictateurs tortionnaires, ce ne sont pas seulement les nations riches et puissantes qui les fabriquent, nous-mêmes en Afrique, nous participons activement à leur fabrication, au génie du mal de leur système. Moi j'ai vu, au Zaïre, nous avons fabriqué Mobutu à la télévision en le faisant descendre comme un dieu, du ciel. Et à force de chanter pour lui, de l'encenser dans des louanges sans fin, nous avons fini par croire en la divinité de son pouvoir qui s'est vite transformé en pouvoir démoniaque. Nous avons cru que cet homme était Dieu, et il a plutôt été le prince des ténèbres. Le Dieu que nous avons fabriqué s'est retourné contre nous. Si nous avions, au lieu de l'élever en être divin, si nous avions misé plutôt sur son humanité pour lui refuser tout pouvoir extrême et lui rappeler par nos attitudes qu'il n'était qu'un mortel, nous aurions pu construire des digues institutionnelles qui auraient empêché que notre pays bascule dans le destin tragique qui fut le sien. Nous aurions pu dire à Mobutu : « Tu n'es pas Dieu et nous ne te laisserons pas devenir le diable ». Il fallait du courage en nous et des digues sociales et politiques démocratiques. Un ancien ministre de Jean-Bedel Bokassa, Timothée Malendoma, m'a raconté l'histoire suivante : « Quand Bokassa a pris le pouvoir, en conseil des ministres il demandait aux uns et aux autres leur avis sur tous les problèmes de la nation il écoutait les avis. Cela a duré jusqu'au joue où un ministre lui a dit « mais Président, vous savez que sur toutes le pouvoir discrétionnaire ». Bokassa a dit «  le pouvoir discrétionnaire, çà veut dire quoi ? » - « Vous pouvez prendre les décisions sans notre avis » - «  J'ai ce droit ? » On lui a dit « : Vous avez ce droit, c'est vous le chef ». Depuis ce jour-là, Bokassa n'a plus demandé l'avis de qui que ce soit.

 

 

Question 

 

: J'aurai une question à poser à propos de Saddam Hussein. A un moment donné j'avais l'impression qu'un peu dangereusement, tu t'approchais d'une vision des choses où lui n'était plus responsable parce que la façon de t'exprimer allait dangereusement dans le sens de : « il a été fabriqué, c'est les circonstances, c'est le systèmes, est-ce que tu pourrais préciser ta pensée là-dessus.

 

Oui, ce glissement dangereux, je le sens moi-même. Je veux dire clairement ici que la responsabilité de Saddam dans ce qu'il a fait, dans tous les crimes qu'il a commis, est entière. Je veux cependant attirer l'attention sur que nous avons tendance à oublier : la complicité du monde dans le mal commis par Saddam. Complicité ? Plus que cela : coresponsabilité. Dans l'immense de son crime se dévoile l'immensité des complicités et la profondeur de nos coresponsabilités, du poids de tout un système du mal qui a fonctionné depuis l'échelle internationale jusqu'à la plus petite échelle des militants du parti Bass. Je ne veux pas que l'on oublie cela pour se concentrer sur le criminel. Le crime, ce n'est pas seulement lui. Le monde a été criminel avec lui : Bush père a été criminel avec lui, Chirac a été criminel avec lui, plus encore, l'Amérique a été criminel avec lui, la France a été criminel avec lui, au nom des intérêts que nous connaissons. Malheureusement, on a jugé et pendu un homme, le système qui l'a fabriqué est resté intact. Je suis sûr qu'il fabriquera un autre criminel bientôt, quelque part dans le monde et le mal continuer son règne de torture et de destruction. Nous luttons contre les pesanteurs individuelles, mais nous luttons aussi contre les pesanteurs des structures. Notre action doit viser la promotion de l'humain dans l'homme et dans le cadre de vie où l'homme vit. Il faut des synergies pour relier ces deux dimensions. C'est la leçon que je tire du destin tragique de Saddam Hussein

Question

 

Je voudrai savoir comment peuvent coexister dans la conscience et le cœur, la conscience chrétienne et humaine, deux sentiments qui paraissent opposés. Par exemple ; dans un cas que nous avons accompagné à l'ACAT, un homme a été injustement torturé dans un commissariat de police. Sa femme et ses enfants en sont restés révoltés. Elle est venue nous trouver et elle a exposé le cas, et elle nous a dit qu'elle allait sans cesse autour du commissariat de police avec un revolver dans la poche, avec l'intention de tuer les agresseurs de son mari. Avec son fils, à qui nous avions demandé de nous amener à la maison, nous avons discuté. Il était très révolté, il n'allait plus à l'école, et nous avons petit à petit face à cette révolte, cette indignation qui était aussi la nôtre à l'ACAT, et cette envie pour faire justice, pour condamner les policiers, nous avons réussi à faire que, ils pardonnent, l'enfant et la mère, au moins apparemment. Mais je pense que çà a avancé. La maman est beaucoup plus calme et a participé pendant quelques temps au groupe de thérapie et l'enfant est arrivé à prier le Notre Père avec nous. Alors ma question est celle-ci : ce n'est pas une question, mais j'aimerai que vous puissiez approfondir sur le plan anthropologique chrétienne, comment peuvent coexister et comment doivent coexister chez nous, activistes ou militants de l'ACAT dans les différents pays, ces deux sentiments. D'abord l'indignation, pour que se justice soit faite, et que les propres tortionnaires soient condamnés, qu'ils paient leur peine, et en même temps le sentiment de pardon qui est le propre du chrétien.

 

 

R. Si j'avais été dans un lieu qui n'est pas uniquement chrétien comme le nôtre et que je devais dire la même chose, j'aurai utilisé des catégories grâce auxquelles n'importe quelle personne sensée peut adhérer à la logique qu'exige la situation que vous décrivez. Commençons par le mot même que j'ai entendu de votre bouche : l'indignation. Pourquoi à certains moments, face à certains évènements, cette indignation jaillit-elle de nos coeurs, pourquoi surgit-elle de manière aussi spontanée ? Nous avons été unanimement indignés par les scandales de la pédophilie en Belgique, avec l'affaire Dutroux. Même en Afrique, l'indignation a été immense et profonde. Notre attitude signifie que nous prenons conscience que de tels actes touchent et détruisent des valeurs qui sont constitutives de notre humanité. Et c'est au nom de ces valeurs qu'il faut refuser que qui que ce soit puisse être torturé. Parce que là on atteint le fond de ce que nous sommes dans notre authenticité humaine. Aucun être ne devrait subir la torture de la part d'un autre être. Aucun être ne devrait infliger la torture à un autre être. L'interdit ici est absolu. Oui, absolu, sans aucune circonstance atténuante. Rien que la réflexion sur l'indignation devrait conduire souvent au refus de la torture et à l'universalisation de l'interdit de la torture. Or face à toutes les dictatures qui ont dominé ces deux derniers siècles, le sentiment que nous avons eu condamne leurs crimes contre refus de l'authenticité humaine. L'indignation nous fait découvrir cela : il existe une authenticité humaine et elle est dans l'interdit absolu de la torture. Toute l'éthique sociale pourrait se fonde sur ce principe et la construction de l'humain aurait là sa pierre angulaire. Face à tout dictateur criminel, à tout tortionnaire professionnel comme ceux qui ont pullulé aux cours de ces derniers siècles, le jugement qu'il ont subir tient en notre conscience d'indignation. Nous sentons, nous savons qu'ils n'avaient pas le droit de faire ce qu'ils ont fait parce ce que, ce qu'ils ont fait a détruit la force, le limon, le ferment de l'authenticité humaine. Ils ont tué l'humanité en eux et dans leur victime, ils ont défiguré la face humaine, pour parler comme Pierre Emmanuel. On peut dire cela sans aucune référence à une quelconque théologie. L'indignation nous fait touché le fondamental de l'humain et fonde la lutte contre la torture. Il faut cependant aller plus loin et s'inscrire dans la logique spécifique de la foi chrétienne. C'est là que l'impératif du pardon prend tout son sens. Le pardon se fonde sur l'indignation pour en dérouler tout le sens spirituel. Il montre comment nous pouvons aller au-delà du mal subi en refusant la logique même du mal qui veut nous enfermer dans le cercle vicieux de la violence. Le pardon casse les ressorts de la violence dont la torture manifeste toute l'horreur absolue. Découvrir le pardon, c'est découvrir que l'homme est plus grand que le mal qui est lui et que sa destinée est régie par une spiritualité profonde qui le conduit à vivre dans le souffle de Dieu. Jean dit, au sujet de Jésus : « A ceux qui ont cru en lui, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». Je crois que le pardon fait partie de ce pouvoir parce qu'il est conversion et changement de logique. Il fait parti de l'exigence de l'amour et nous fait expérimenter le sens de Dieu dans notre propre être. En Cela, il radicalise l'interdit de la torture et en manifeste le sens le pus haut, celui que le Christ manifeste quand il dit : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Il nous faut aujourd'hui réfléchir pour construire les valeurs de la société sur le socle de l‘indignation et du pardon, par l'affirmation inconditionnelle et radicale de la dignité humaine. Notre humanité et notre foi exigent ce choix non pas seulement comme un choix individuel, mais comme une choix de civilisation, car l'amour au sens spirituel n'est pas seulement un choix individuel, mais une de civilisation.

 

 

 

Kä Mana

Professeur d'éthique, de métaphysique et de pensée africaine à l'Institut supérieur de pédagogie pour sociétés en mutation au Cameroun

 

 

 

 

 

 

 

 




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