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Jérôme Brézillon, photographe

janvier 2004

Jérôme Brézillon
Photographe

« Ces photos, je les ai faites pour comprendre. »

France

Huntsville sans cache

En 1998, Jérôme Brézillon signe un reportage-photo inédit sur Huntsville-Texas.

Loin du sensationnel, il s’est attaché à comprendre comment se dessinait la vie quotidienne des habitants à côté de celles des condamnés. Le résultat est sans complaisance.

Il parle, il parle et l’oeil bleu électrique jamais ne se pose. En 1992, court-circuit. Jérôme Brezillon plaque les photos de pub et part pour Sarajevo. Appareil photo sous le bras, il enchaîne les reportages. Chypre en 1995, l’Irlande du Nord en 1998. Témoin du nationalisme, des guerres pour un drapeau, des déchirements pour un lopin de terre. En 2000, direction Huntsville, Texas. On y tue moins- une exécution tous les 10 jours - mais proprement.

L’odeur du désinfectant flotte partout. Elle a imprégné la chambre d’exécution, le couloir de la mort. Derrière les barreaux, l’atmosphère est irrespirable. A l’extérieur, un quotidien banal dont Jérôme a su saisir l’essence.

Huntsville et son supermarché. Huntsville et son coiffeur. Huntsville et son shérif. Trente mille âmes qui vivent et pas une pour se rebeller. Ou si peu. Car la machine à tuer sise au coeur de la cité fait tourner l’économie locale. A la manière d’une petite entreprise, elle emploie au moins un membre de chaque famille : cuisiniers, surveillants, femmes ou hommes de ménage… Et même des prisonniers qui entretiennent un cimetière glaçant d’indifférence. Pas de fleurs, encore moins d’épitaphe. Juste des tombes alignées et surmontées d’un simple X pour celles des exécutés.

La mort des condamnés est anonyme et ne suscite aucun débat. Le détachement se lit partout.

Même dans le journal local, le « Huntsville Item » : « Le jour de l’exécution, l’article de une ne parlait que d’un fait divers anodin, un noir qui avait volé des jeans, alors que l’annonce de la condamnation était reléguée dans un minusculeentre-filet. », raconte Jérôme. Huntsville ou le théâtre de l’absurde. Huntsville où le temps s’est arrêté. Cadrages serrés, lumières crues. Les personnages, sans vie, semblent avoir toujours été là. De paisibles automates. Casquette de base-ball vissée sur la tête, l’un d’eux tond sa pelouse.

Une autre, accoudée au bar, s’accroche désespérément à sa pinte. Pendant que dans la rue, des mamies égrènent leurs commentaires sur les différentes allées et venues. L’innocence et la tranquillité transpirent. Et au final dégoûtent : « Durant deux semaines, je n’ai parlé à personne. Le pire moment ? Demander au shérif l’autorisation de faire son portrait et sourire à ses blagues graveleuses. » Pourtant, Huntsville n’a pas fait de Jérôme un militant. « Ces photos, je les ai faites avant tout pour moi, pour comprendre. »

Peu après son retour à Paris, il refait le voyage avec Solweig Anspach, une réalisatrice d’origine islandaise, et collabore à un documentaire sur Odell Barnes. Une contre-enquête. L’homme a été exécuté à Huntsville, il mérite la vérité. « L’Amérique n’a jamais tué d’innocents », affirme George Bush.

Ils retournent à Wichita Falls, et Solweig interroge les amis d’enfance d’Odell, sa famille, le juge, le médecin légiste. Ensemble, ils partent aussi sur les lieux où Helen Bass, sa victime supposée, a été assassinée. Méthodiquement, ils retissent le fil du drame. Et posent un doute sérieux sur la culpabilité de l’accusé. Trop de preuves ont été laissées de côté. La réhabilitation est impossible. Mais l’essentiel est fait, les esprits sont ébranlés. En ultime hommage, ils s’arrêtent à Huntsville.

Une dernière fois, Jérôme pose son appareil et son regard sur les gens, les rues, les parkings et les allées. Il veut percer le mystère de cette ville. Il n’y parvient pas. Mais qu’aurait-elle de plus à dévoiler, si ce n’est de l’indifférence ?

Christelle Pangrazzi


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