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Intervention de Sylvie Bukhari-de Pontual
Identité chrétienne de l’ACAT

décembre 2004

IDENTITE CHRETIENNE DE L’ACAT

« Torturé mon semblable, mon frère », tel était le thème qui a traversé cette année le trentième anniversaire. Qui est-il ce torturé, mon prochain ?

- Celui qui ici est rejeté, écrasé ; celui qui, là-bas, est torturé, humilié, prisonnier, disparu, condamné à mort ?

- Mais c’est aussi le tortionnaire, le bourreau, ordinaire ou sadique, celui qui a donné les ordres comme celui qui les exécute.

Pour nous, chrétiens, c’est la rencontre avec la victime de torture comme avec son bourreau qui peut mener à une autre rencontre, celle de Dieu.

Bien évidemment, point n’est besoin d’être croyant, d’être chrétien, pour défendre les droits de l’homme et protéger la dignité humaine. Mais, chrétiens, nous découvrons, nous expérimentons que la rencontre avec le prisonnier torturé peut mener à une toute autre rencontre, celle du Dieu Trinité.

Défendre les droits humains, c’est en effet, défendre les droits de cet autre qui est mon prochain, mon frère. Lutter pour l’abolition de la torture et des exécutions capitales, c’est vivre au cœur du message de l’Evangile. « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mathieu 25,35-36).

Oui, pour nous, chrétiens, réunis en ACAT, cet appel du Christ au respect de la justice, à l’amour du prochain proclame la nécessité de respecter la dignité humaine dans ce monde où « Yawheh m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris annoncer aux captifs l’amnistie et aux prisonniers la liberté » (Esaïe 61,1).

Oui, le travail pour la justice dans notre monde fait partie intégrante de l’annonce de l’Evangile.

Oui, « l’homme est le chemin de l’Eglise » a même pu dire le Pape Jean Paul II.

En ACAT, catholiques, orthodoxes et protestants, vivant un œcuménisme concret priant, et agissant ensemble au nom de notre Foi commune en Christ Ressuscité, pour concourir à construire un monde sans torture, nous voulons témoigner d’une transcendance qui prend sa source dans l’amour.

Nous croyons que l’esprit d’amour a pris chair, qu’il inspire totalement la personne humaine. Pour nous, cette incarnation n’est pas une idée, mais une personne, Jésus, qui nous a transmis ses enseignements pour que nous vivions de son Esprit.

Témoigner de cet esprit signifie témoigner du don de soi, mais pas de façon désincarnée. Cela exige de s’engager concrètement, personnellement, au service de la justice et pour la vie de l’autre, son prochain.

Accepter ce don d’amour du Christ est un engagement pour la vie, il est célébration de la vie qui nous invite à être acteur d’humanisation.

Cet élan qui nous anime à l’ACAT s’enracine dans la prière, la prière pour les torturés comme pour les tortionnaires. Une prière qui n’est ni alibi ni passivité. Une prière qui exclut la haine et la vengeance. Une prière qui est obtention de pardon et de rédemption. Une prière qui est louange à Dieu et action de grâces. Une prière qui est au cœur même de notre action pour construire un monde sans torture et sans exécutions capitales.

Voilà pourquoi depuis trente ans, à l’ACAT, modestement, discrètement, nous disons notre indignation devant les violations de la dignité humaine, nous sensibilisons nos Eglises, au scandale absolu de la torture.

Et nous sommes heureux d’entendre aujourd’hui ces mêmes Eglises (je ne sais pas si l’ACAT est l’Eglise ou le deviendra…) condamner la pratique de la torture car les hommes sont précieux aux yeux de Dieu ; Dieu ne connaît-il pas chacun d’eux par son nom ?

CONCLUSION

Durant ces trente années d’existence, nous avons pris la mesure de notre monde blessé, torturé, souffrant, brisé. Nous ne l’avons pas supporté, ni accepté. C’est trop insupportable, nous avons refusé, nous refusons l’inacceptable.

Ce cri d’indignation, qui nous fait crier « non » à la torture, « non » aux exécutions capitales, c’est celui qui nous fait résister à toute inhumanité.

Ce cri d’indignation, c’est celui qui nous encourage à mobiliser des milliers de personnes pour écrire un nom et redonner vie à celui qui le porte, pour dire « je suis là, à côté de toi », « je t’accueille » à celui qui est menacé.

Ce cri d’indignation, il est partagé par tous ceux qui, sur cette planète, sont convaincus que tous les hommes partagent la même humanité, la même dignité, car nous avons été créés à l’image de Dieu. Il appelle à défendre l’universalité de la dignité humaine et l’indivisibilité des droits de l’homme.

Ce cri d’indignation, il arrive qu’il conduise certains d’entre nous - pas ici bien sûr, mais ailleurs, trop souvent - à courir des risques pour leur vie, à accepter - parfois - de donner jusqu’à leur vie.

Ce cri d’indignation qui se veut cri pour la vérité, la justice et la paix, il peut conduire à des chemins de pardon, de miséricorde, de rédemption. Il devient élan vers une humanité réconciliée avec elle-même, avec Dieu.

Ce cri d’indignation ne doit pas nous aveugler.

Pour êtres efficaces, pour être pertinents :

-  il faut être lucide, il faut savoir s’informer pour comprendre, ne pas poser de jugements a priori, prendre le temps de la réflexion et du discernement ;

-  il faut être vigilant, il faut pouvoir réagir au moindre dérapage, ne pas accepter la moindre exception, rejeter l’utilisation d’une terminologie qui refuse la qualification de « torture » aux « pressions modérées » ;

-  il faut être courageux, accepter d’être minoritaire, d’être critiqué, moqué, parce que l’on parle en vérité, et parfois désobéir à la loi quand elle est injuste et abaisse l’homme, accepter la discutions sur les justifications intellectuelles de la torture ;

-  il faut être confiant, non pas dans les structures, mais dans les hommes qui les incarnent. On a beaucoup parlé du conservatisme de la Cour Suprême des Etats-Unis, c’est pourtant elle qui a considéré que les détenus de Guantanamo avaient les mêmes droits que les citoyens américains. Parce que les juges sont aussi des hommes qui ont le sens de la dignité humaine. Mais cette confiance ne doit jamais être accordée une fois pour toute. Elle est toujours à conquérir, elle demande lucidité et vigilance, intelligence et courage ;

-  il faut savoir ne pas rester seul, l’union fait la force, dit l’adage. Et c’est bien vrai ! Qui d’entre nous n’a pas éprouvé la force du travail en réseau, qui nous protége, qui nous dynamise, qui nous encourage ?

Pour construire un monde véritablement sans torture, comment ne pas être ensemble, fraternellement unis, des empêcheurs de déshumaniser en silence. « Soyons des réhumaniseurs », pardonnez-moi ce barbarisme ! Soyons des bâtisseurs d’espérance pour construire l’avenir en changeant le présent !

Sylvie Bukhari-de Pontual,
Présidente de l’ACAT-France
4 décembre 2004


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