Impressions sur le séminaire international

août 2002

Impressions sur le séminaire international, Dakar 2002

« Cultures africaines et lutte contre la torture » par Patrick Byrne, Président de la FIACAT

« Solidaires, pour une Afrique sans torture ».

C’est par ce titre que commençait la déclaration finale du séminaire qui s’est tenu à Dakar à la veille du Conseil international de la FIACAT. Et ces notes traduisent bien l’esprit qui a régné sur le campus du Cours Ste Marie de Hann pendant ces quelques journées, riches en rencontres, témoignages, échanges et émotions.

En effet, si le thème du séminaire - « Cultures africaines et lutte contre la torture » - concernait la situation spécifique que connaît actuellement l’Afrique, cette rencontre n’avait rien d’une affaire interne aux ACAT africaines, mais se voulait, au contraire, une interpellation à l’ensemble du réseau international des ACAT, représenté à Dakar par les 130 délégués, provenant de 33 pays.

A l’origine de ce rassemblement, un constat préoccupant : la torture est encore très présente dans de nombreux pays africains. Elle est pratiquée par des régimes divers afin de réprimer systématiquement toute contestation, de terroriser les populations, comme instrument de guerre ou encore de « maintien de l’ordre ».

Les ACAT africaines connaissent ces problèmes de près. Elles mènent un combat difficile, dans des conditions précaires, parfois dangereuses. Elles rencontrent parmi les populations des résistantes importantes, souvent culturelles, à leur lutte.

C’est à partir de ce constat que la FIACAT avait proposé un programme de travail « ACAT Afrique » pour la période 2001-2002 aboutissant à la grande rencontre de Dakar.

« Solidaires, pour une Afrique sans torture ». Cet esprit de solidarité m’a paru très présent durant toute la durée de la rencontre. Dès la première journée, j’ai été frappé non seulement par la richesse des contributions de chaque délégation, mais aussi par l’écoute, la faim d’informations et d’échanges manifestée par tant de participants. Ce même esprit était présent à travers la complémentarité des deux premières interventions en plénières - du professeur Kuamwi Mawulé Kuakuvi (de l’Université de Lomé) et de Francisco Whitaker (de la Commission « Justice et Paix » du Brésil) - sur le thème « Cultures et mentalités : frein ou stimulant à la lutte contre la torture ».

Le professeur Kuakuvi donnait, d’emblée, le ton en appelant à la franchise et à la lucidité à l’égard de certaines coutumes qui servent de prétexte à l’exclusion de personnes « indésirables » et à la brutalité. Cette première partie du séminaire, consacrée à la dimension culturelle, a permis, tout d’abord, aux délégations de rendre compte des travaux préparatoires de réflexion et d’action menés depuis un an.

Chaque ACAT africaine avait repéré des facteurs culturels dans son pays qui contribuent à une acceptation des traitements inhumains ou d’actes de torture ou qui, au contraire, peuvent permettre une valorisation de la dignité humaine et ainsi de la lutte contre la torture.

Les ACAT non africaines, pour leur part, avaient été invitées depuis plusieurs mois à mener un travail analogue, au sujet de l’influence des mentalités, des coutumes et de l’opinion publique dans leur propre pays.

Les ateliers de cette première journée ont été l’occasion de témoignages et d’échanges sur les moyens dont disposent les ACAT pour agir sur les facteurs culturels repérés. Comment influer sur les mentalités afin de mettre fin aux violences liées à tant de traditions de sorcellerie ?

Comment sensibiliser les communautés et, en premier lieu, les chefs traditionnels, à l’aspect inadmissible et inhumain de certaines punitions coutumières ou rites initiatiques sans pour autant donner l’impression de s’attaquer à l’ensemble des pratiques communautaires traditionnelles ?

Comment lutter contre le traitement humiliant des veuves dans certaines régions, ou l’élimination des jumeaux dans d’autres ? Ces échanges ont permis de comparer les expériences concrètes des ACAT dans ces domaines et de dégager des pistes d’action, tout en relevant les difficultés que pose un tel travail délicat et de longue haleine.

L’atelier sur les facteurs culturels positifs a permis une confrontation d’expériences passionnante entre la délégation de Côte d’Ivoire qui, face au climat d’intolérance et de violence qu’a récemment connu son pays, avait mené un projet de sensibilisation aux coutumes ivoiriennes d’hospitalité à l’égard de l’étranger, et un témoin d’Afrique du Sud, qui a rendu compte de l’impact de la tradition de l’ « Ubuntu » (reconnaissance de la valeur de chaque personne au sein de la communauté humaine) sur le déroulement des travaux de la Commission « Vérité et réconciliation » de son pays. Un deuxième temps du séminaire était consacré au thème fondamental de l’éducation et de la formation aux droits de l’Homme, comme moyen de lutte contre la torture.

Après une introduction, par Guy Aurenche, sur le caractère indispensable d’une telle action dans le cadre d’une véritable inculturation des droits et des libertés de la personne, Arsène Bolouvi a apporté son témoignage sur un exemple concret de formation : le cycle biennal « Norbert Kenne » de formation de formateurs africains aux droits de l’Homme, qu’organise régulièrement la FIACAT, en collaboration avec l’Université catholique d’Afrique centrale et l’Institut des droits de l’Homme de Lyon., depuis 1997.

De nouveaux ateliers ont ensuite permis aux participants d’étudier de plus près les diverses formes d’éducation et de formation qui peuvent contribuer à faire reculer la torture (éducation civique, éducation des enfants aux droits de l’Homme, catéchèse et droits de l’Homme, réacquisition par les victimes du sens de leur dignité...).

Toujours dans ce même esprit de solidarité et de partenariat, les participants se sont ensuite répartis en groupes mixtes (africains et non africains) pour se livrer à des exercices pratiques.

Quand et comment intervenir, à qui faire appel, discrètement ou publiquement, au niveau local, national ou international, face à des situations différentes de violations des droits de l’Homme en Afrique : abus de pouvoir, climat d’intimidation, conditions de détention inhumaines, défenseurs des droits de l’Homme en danger...

Un temps important a également été consacré au rôle et aux responsabilités de la communauté internationale face à la torture en Afrique. Avant de travailler en ateliers sur les moyens d’intervention qu’offrent les divers mécanismes intergouvernementaux nationaux et internationaux, les participants ont pu suivre une table-ronde sur ce thème, qui a suscité beaucoup d’intérêt et un débat très riche.

Si les responsables politiques des pays concernés doivent bien évidemment répondre des actes de torture commis sur leur territoire, il serait injuste de négliger toute part de responsabilité que portent certains pays occidentaux et l’ensemble de la communauté internationale dans le maintien des régimes tortionnaires en Afrique, ainsi que la contribution positive que peuvent apporter ces mêmes pays à l’abolition de la torture sur ce continent.

Le Ministre Luxembourgeois de la Coopération, informé par la FIACAT de la tenue du séminaire, avait lui-même proposé de se rendre à Dakar et de participer à la table-ronde.

Sa présence et surtout son engagement et sa disposition à discuter ouvertement ont contribué à la richesse du débat, qui était habilement animé par Sylvie Bukhari de Pontual, Présidente de l’ACAT France, et auquel participaient également l’ancien Président de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, un diplomate suisse, le responsable de la Rencontre africaine de défense des droits de l’Homme (RADDHO) et une représentante de l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes maliennes.

Pour conclure, les participants se sont penchés sur les implications de leur engagement de chrétiens contre la torture, en formant des groupes de partage autour d’une parole d’Evangile.

Des interventions de l’abbé Jean-Claude Djereke et du pasteur Ka Mana, sur le thème « Témoigner de l’Evangile face à la torture en Afrique » ont rappelé le message libérateur de cet Evangile, face au caractère « monstrueux » de tant de régimes politiques qui se sont succédés en Afrique.

Un séminaire réussi grâce à l’engagement et à la participation active des 33 délégations, y compris des groupes nouvellement constitués et naissants du Burundi, du Ghana, de Suède, d’Afrique du Sud ; grâce, en particulier, à l’accueil exceptionnel que nous avait réservé l’équipe sympathique et dynamique de l’ACAT Sénégal.

A la fin de la célébration oecuménique de clôture, centrée sur le thème du Souffle de la Pentecôte, les 130 participants ont formé un vaste cercle à l’intérieur de la chapelle du campus et se sont donné la main pour réciter, chacun dans sa langue, le Notre Père. Cette chaîne humaine restera, pour moi, le souvenir principal du séminaire de Dakar, à l’image de l’esprit solidaire et fraternel qui a régné pendant ces quelques journées inspirantes et remuantes.

26 aout 2002


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