George Ryan

janvier 2004

George Ryan

États-Unis

L’ami républicain

Chez les partisans de George W. Bush, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Le 10 janvier 2003, George Ryan, fidèle du président américain et gouverneur républicain de l’Illinois, commue en prison à perpétuité la peine de mort infligée à 167 prisonniers.

Dans la foulée, il gracie quatre condamnés dont les aveux ont été extorqués sous la torture. La Maison Blanche se refuse à tout commentaire mais tient à préciser, par la voix de son porteparole, que le président Bush croit, lui, « au rôle dissuasif » de la peine capitale. Entre les deux George, la rupture est consommée.

Ryan motive cette décision historique par « le démon de l’erreur » qui hante la justice américaine, « erreur judiciaire pour déterminer la culpabilité et erreur judiciaire pour déterminer, parmi les coupables, ceux qui méritent de mourir. » Face à un parterre d’étudiants de l’université Depaul à Chicago, il égrène les dysfonctionnements constatés lors des 160 condamnations prononcées dernièrement dans son État : 33 accusés défendus par des avocats radiés par la suite du barreau, 46 reconnus coupables sur la foi de témoignages indirects, 35 noirs jugés par des jurys exclusivement blancs. Le constat est édifiant.

Pourtant, l’homme, âgé de 69 ans, n’a pas toujours tenu ce discours. En 1977, il vote pour le rétablissement de la peine de mort dans l’Illinois avant de réaffirmer, au début de son mandat de gouverneur en 1999, un soutien franc et massif au châtiment suprême.

L’année suivante, ébranlé par les rapports d’enquête qui pointent les aberrations du code criminel local, ce pharmacien méthodiste, père de six enfants décide d’instaurer dans son État un moratoire sur les exécutions. Rapidement, il met en place une commission d’experts qui lui soumettent une longue liste de réformes. Parmi elles, l’interdiction de prononcer la peine de mort sur la foi d’un unique témoin oculaire, d’un co-détenu ou d’un complice.

Bien que louables ces propositions ont très vite été contestées par nombre de politiques. Leurs arguments ? Trop chères car elles demanderaient plus de moyens pour l’enquête préalable. Mais peu importe les critiques.

L’essentiel est fait. Ryan a ouvert le débat. À ses détracteurs qui l’accusent d’avoir monté un coup médiatique la veille de son retrait de la vie politique - il ne s’est pas représenté aux élections de 2003 - l’ancien gouverneur rétorque qu’« il est plus facile pour les politiciens d’être pour la peine de mort car cela ramène des voix. »

La sienne en tout cas n’a pas fini de s’élever contre les failles d’un système judiciaire « qui ne fonctionne pas et que personne ne cherche à améliorer. » À l’instar de nombreux abolitionnistes américains, l’ancien gouverneur fonde sa réflexion sur des arguments techniques. La peine capitale frappe parfois des innocents.

Elle est donc injuste parce qu’elle s’inscrit dans un cadre procédural dévoyé. Ce raisonnement utilitariste fait fi des questions morales. Mais à l’heure où une majorité d’Américains soutiennent encore la chaise électrique, les propos pragmatiques de George Ryan marquent un premier pas sur la longue voie qui mène à l’abolition.

Christelle Pangrazzi


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