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Évolution Des Positions Chrétiennes Par Rapport à la Peine de Mort

janvier 2011

[English] [français]

La FIACAT demande aux Églises et aux chrétiens de prendre ouvertement position contre la peine de mort et de prier pour les condamnés à mort.


ÉVOLUTION DES POSITIONS CHRÉTIENNES PAR RAPPORT A LA PEINE DE MORT


Historique des positions chrétiennes

Jusqu’au IVème siècle après Jésus-Christ, l’Église était entièrement contre la peine de mort.

Mais après son intégration dans l’État romain, l’Église remplaça progressivement sa condamnation par la reconnaissance du droit de l’État de prononcer et d’appliquer la peine de mort.
En effet, le christianisme hérite de la tradition juive la légitimité de la peine de mort et trouve celle-ci mise en pratique quotidiennement dans l’Empire romain, son premier terrain d’expansion. Le souverain jouit alors du pouvoir divin sur l’homme, celui de supprimer la vie :
« Vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main » (Exode 21, 23-25) ;
« Le vengeur du sang fera lui-même mourir l’assassin ; quand il le rencontrera, il le tuera » (Nombres 25, 19).
Malgré la loi de l’Eglise « Tu ne tueras point  » (Exode 20, 13), l’Ancien et le Nouveau Testaments prévoient la peine de mort pour un certain nombre de crimes : « Quiconque aura répandu le sang de l’homme, que son sang soit répandu » (Genèse 9, 1-6).

La renaissance du droit romain au XIIème siècle fait connaître les textes législatifs des empereurs chrétiens et, de même qu’il y a une raison d’État, naît une « raison d’Église  ». Le pape affirme alors dans la décrétale Vergentis in senium de 1199 : « Si les criminels de lèse-majesté sont condamnés à mort […], à plus forte raison ceux qui offensent le Christ doivent-ils être retranchés […], car il est beaucoup plus grave d’offenser la majesté éternelle que d’offenser la majesté temporelle  ».
Au Moyen Âge, l’Église livre le coupable au pouvoir laïque qui est alors contraint de procéder à l’exécution de la peine. L’interdépendance du religieux et du politique a fait du délit d’hérésie un délit politique, punissable de mort.

Cependant, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, au début du XIIIème siècle, le principe même de la peine de mort est mis en cause par les Vaudois. Ces derniers trouvent dans l’arsenal des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament de solides arguments contre la peine de mort tel : « Je ne veux point la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse. » Mais le pape Innocent III leur fait signer en 1208, une formule d’abjuration où il est dit : « Nous affirmons, touchant la puissance séculière, qu’elle peut sans péché mortel exercer le jugement du sang, pourvu qu’elle procède, en portant la sentence, non par haine mais par jugement. »

Tous les juristes du Moyen Âge, laïques ou ecclésiastiques, partagent cette conception. Saint Thomas d’Aquin écrit ainsi au XIIIème siècle :
« Si quelque individu devient dangereux pour la société et que son péché soit contagieux pour les autres, il est louable et salutaire de le mettre à mort au nom du bien commun » [1] ;
« Si celui qui tue volontairement son semblable commet un assassinat, il existe cependant des cas où la peine de mort peut être donnée sans péché, comme lorsqu’un soldat tue son ennemi ou qu’un juge prononce une peine capitale contre l’auteur d’un crime » [2].

C’est ce même enseignement que l’on retrouve dans toute la théologie et la pratique de l’Église, par exemple, au moment de la Réforme. Une fois l’Église catholique officiellement reconnue par l’État, la répression des crimes par le pouvoir laïque est légalisée et pouvait aller jusqu’à verser le sang.

Avec l’apparition de la monarchie absolue, la charge de l’ordre public est confiée au seul souverain, les justices seigneuriales ou urbaines se voient privées du droit de vie et de mort. L’hérésie, autrefois du ressort des justices d’Église, est revendiquée par les cours royales. Mais les principes qui guident le législateur et les tribunaux n’ont guère changé. L’idée d’amender les criminels est totalement absente.
L’usage immodéré de la peine de mort n’est pas propre à la France : la Russie, l’Espagne et l’Allemagne y ont énormément recours.
George Fox (1624-1691), fondateur des Quakers, ayant séjourné, pour ses convictions religieuses, dans les prisons anglaises, proteste auprès des juges à propos des conditions de détention et de la peine de mort : au XVIIème siècle, les Quakers sont ainsi l’une des premières communautés de chrétiens à prendre position contre la peine de mort.

En 1764, la publication de l’ouvrage du juriste italien Cesare Beccaria, le traité Des délits et des peines, qui remet en question la conception des châtiments dans les pays d’Europe, a un retentissement considérable.
Le mouvement abolitionniste gagne, dès le XVIIIème siècle, de nombreux milieux intellectuels. L’abolition de la peine de mort se situe dans un contexte de contestation et d’idéologie de progrès social. C’est ainsi que la peine de mort est officiellement abolie pour la première fois par le grand duché de Toscane (Italie).
Néanmoins, les exécutions continuent en Europe, au XIXème siècle comme au XXème siècle.

Dans le Nouveau Monde, le pragmatisme de nombreux gouvernements aboutit à la disparition totale, parfois dès le XIXème siècle (essentiellement en Amérique Latine, puis au Canada) ou partielle (seulement certains États des États-Unis) de la peine de mort, jugée inutile et barbare.

Partisans et adversaires de la peine capitale se départagent par leur conception du rôle de la peine dans la société :

- pour les premiers, cette peine sert uniquement à sauvegarder l’ordre juridique et à maintenir l’ordre moral de la société ;

- pour les seconds, l’une des fonctions attribuée à toute peine étant l’amendement du criminel, la peine de mort apparaît comme absurde puisque l’exécution de la sentence ne permet pas à la personne de se corriger et l’exclut de façon définitive de la société.


Positions actuelles des Églises chrétiennes

Après avoir gagné en grande partie les milieux théologiques protestants, l’extension dans le monde profane du courant abolitionniste devait peu à peu faire évoluer les catholiques, invités par le concile Vatican II à comprendre les hommes de leur temps, dans les valeurs qui les touchent le plus. Quant aux Églises orthodoxes, elles sont pour certaines encore loin de partager la démarche abolitionniste.

Les Églises protestantes

L’Alliance réformée mondiale réaffirme sa position en 1989 : « Là où la peine de mort est préconisée, l’amour rédempteur et réconciliateur de Dieu est violé. »

En mars 1990, le Conseil Œcuménique des Églises (COE) – qui a été créé en 1948 et qui regroupe la plupart des Églises protestantes et orthodoxes – a adopté une déclaration proclamant son opposition inconditionnelle à la peine de mort :
« Reconnaissant que tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu  », il proclame « qu’en ôtant une vie humaine, l’État usurpe la volonté de Dieu  » ; il « déclare son opposition inconditionnelle à la peine capitale, et demande à tous les États de l’abolir » ; il « demande instamment aux gouvernements de signer et de ratifier rapidement le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, concernant l’abolition de la peine de mort  » ; il « demande aux Églises membres, autant que possible en coopération avec des personnes d’autres confessions et des organisations non gouvernementales :

- (a) de préconiser l’abolition de la peine de mort dans les États où elle demeure légale ;

- (b) de s’opposer aux efforts de rétablissement de la peine de mort dans les États où elle est actuellement abolie ;

- (c) de soutenir les efforts internationaux en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort ;

- (d) de développer des arguments théologiques et bibliques pour aider leurs propres membres, et d’autres personnes, dans leurs efforts en vue de l’abolition de cette peine, et de réfuter les arguments bibliques et théologiques avancés par de nombreux partisans de la peine de mort ;

- (e) de s’encourager et de s’appuyer mutuellement dans ces efforts, en partageant leurs idées, leurs ressources et leur solidarité
 ».
En décembre 1998, « le COE s’oppose depuis longtemps à l’application de la peine capitale, mais le recours à ce châtiment ultime est souvent souhaité par les victimes dans les sociétés où sévissent la criminalité et la violence. Il convient de condamner tout spécialement la peine capitale prononcée contre les jeunes. Les Églises ont la responsabilité de prôner la stricte observation des règles du droit international et des normes relatives au respect des droits de la personne humaine qu’il fixe pour le traitement des délinquants.  »

Néanmoins, dans un pays comme les Etats-Unis, on constate actuellement que, si les Eglises issues de la Réforme, les Eglises protestantes « classiques », sont résolument opposées à la peine de mort, certaines – mais pas toutes - Eglises issues du courant évangélique, comme par exemple la Convention des baptistes du Sud, militent toujours activement pour le maintien de la peine de mort, en s’appuyant en particulier sur la loi du talion de l’Ancien Testament.


L’Église catholique romaine
En 1969, l’Etat du Vatican supprimait la peine de mort pour tous les crimes. Mais actuellement, l’Eglise catholique romaine continue à reconnaître aux autorités civiles le droit de la prononcer et de l’exécuter. En réalité, Il faut savoir que le Vatican est principalement contre la peine de mort mais ne l’exclut pas à 100%.

En effet, le nouveau Catéchisme de l’Église catholique de 1992, paru en 1993, rédigé sous la responsabilité du Cardinal Joseph Ratzinger (devenu en 2005 le pape Benoît XVI), n’exclut pas, « dans les cas d’une extrême gravité », le recours de l’autorité publique à la peine de mort. Il considère que la peine de mort ne pourrait être infligée qu’à de très rares occasions - quasi « inexistantes », dit le texte - contre un « agresseur » qui continuerait de constituer une menace pour des vies, ce qui ramènerait la question morale à celle de la légitime défense.

Dans son édition de 1997, au n° 2267, le Catéchisme de l’Église catholique évolue un peu en affirmant que : « L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie des êtres humains. Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ses moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine... Aujourd’hui, en effet, étant donné les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement les crimes en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer les coupables sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants  ».
Cette dernière phrase est une avancée par rapport à la version de 1992, mais n’est néanmoins pas satisfaisante. Les multiples déclarations des deux derniers papes pour demander la grâce de condamnés, leurs nombreuses positions de refus de la peine de mort permettent de penser que les formulations ambiguës et inadmissibles du Catéchisme catholique sur ce sujet doivent être lues comme une interdiction de la pratique de la peine de mort.
Mais la FIACAT souhaite que les textes officiels soient modifiés et mis en conformité avec les déclarations du Saint Siège. C’est pourquoi elle exerce régulièrement des pressions en ce sens auprès du Saint Siège.


À partir de l’encyclique Evangelium vitae (1995), plusieurs prises de parole du pape Jean Paul II et de ses collaborateurs immédiats expriment explicitement une position favorable à l’abolition de la peine de mort.

Le 24 mars 1997, lors d’un colloque sur « Délits et peines » organisé par l’université de droit de Fordham (États-Unis), Mgr Renato Raffaele Martino, alors nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies (aujourd’hui président du Conseil pontifical Justice et paix), fonde sa réflexion sur les droits de l’homme, et particulièrement sur le « droit fondamental et sacré à la vie » :
En référence à l’encyclique, il estime qu’il y a des moyens non sanglants d’assurer la sécurité de la société.
En outre, il lie le respect de la vie du coupable au respect de la vie de l’enfant à naître qui est innocent : « Dans le débat sur la peine de mort, je suis d’accord avec vous pour reconnaître qu’il serait inconséquent de condamner la mise à mort du criminel coupable, en permettant en même temps – voire même en encourageant – la mort de l’innocent. » (Documentation catholique, 4 mai 1997, n° 2159, page 441).

En signant, le 17 juillet 1998, le traité créant la Cour pénale internationale, qui ne prévoit pas la peine de mort, le Saint-Siège constate que « la destruction de la vie [est] incompatible avec les règles internationales qui fondent la Cour ». Ce faisant, il entérine objectivement l’abolition de la peine de mort.

Le pape Jean Paul II a, à de nombreuses reprises, en qualité de chef d’État et de représentant de l’Église catholique romaine, appelé les représentants de pays non abolitionnistes à abolir la peine de mort à l’aube du XXIème siècle :

- 25 décembre 1998 : Jean Paul II, dans son message de Noël, appelle à prendre des « mesures urgentes et adaptées », entre autres pour « bannir la peine de mort ». (La Documentation catholique, 17 janvier 1999, n° 2196, p. 51).

- 27 janvier 1999 : dans son homélie au cours de la messe célébrée en public à Saint Louis (Missouri, États Unis), Jean Paul II évoque à nouveau l’abolition de la peine de mort : « La nouvelle évangélisation a besoin de chrétiens qui soient sans réserve en faveur de la vie. […] La société moderne a les moyens de se protéger, sans ôter au criminel de manière définitive la possibilité de se corriger (cf. Evangelium vitae, 27). Je renouvelle l’appel, que j’ai lancé récemment à Noël, à un accord pour supprimer la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile. » (La Documentation catholique, 21 février 1999, n° 2198, p. 183.)
Ce n’est pas par la violence que l’on résout la violence. Fustigeant régulièrement la « barbarie de l’exécution et la cruauté d’une agonie inhumaine », Jean Paul II invite à contrer la culture de la violence et à s’engager résolument dans le sens de la vie sous toutes ses formes d’expression.

Le 2 novembre 1999, à l’occasion de la discussion sur l’abolition de la peine de mort par l’assemblée générale de l’ONU, Mgr Renato Raffaele Martino, Observateur permanent du Saint-Siège, fait une déclaration qui est un plaidoyer pour l’abolition de la peine capitale (La Documentation catholique, 19 décembre 1999, n° 2216) :
« Le droit à la vie est un droit inaliénable de toute personne humaine. Il s’ensuit que l’actuel projet de résolution soumis à notre discussion devrait être compris comme une puissante affirmation de la dignité de la personne humaine, du caractère sacré et de l’inviolabilité de la vie humaine. Les instruments internationaux sur lesquels s’appuie ce projet de résolution sont, de fait, des expressions contraignantes – et non pas des substituts – de ce principe de l’inviolabilité et du caractère sacré de la vie humaine.
[…] La position du Saint-Siège est donc que les autorités, même pour les crimes les plus graves, devraient se limiter à user de châtiments qui n’entraînent pas la mort, étant donné que ces moyens « correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine” (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2267). Les États ont aujourd’hui à leur disposition de nouvelles possibilités pour “prévenir effectivement le crime, en rendant celui qui a commis une telle faute incapable de faire du mal, sans lui enlever définitivement la possibilité de se racheter” (cf Jean Paul II, Evangelium vitae, 56.)
[…] Bien trop souvent, et en de trop nombreuses sociétés, le verdict de peine capitale s’accompagne d’inacceptables signes publics d’effroyable vengeance et de revanche. Bien trop souvent, ce sont les personnes qui sont des pauvres ou qui appartiennent à des minorités ethniques qui sont le plus susceptibles d’encourir cette peine. Même des jeunes et des personnes dont la capacité mentale est atténuée sont exécutés. Combien de personnes innocentes ont été exécutées par erreur ?
[…] Toute personne dont la vie prend fin dans une chambre à gaz, par pendaison, par une piqûre létale ou par un peloton d’exécution, est l’une d’entre nous : une personne humaine, un frère ou une sœur, aussi cruelles et inhumaines que puissent apparaître ses actions.
[…] L’activité criminelle exige une punition effective. Mais il n’existe aucune évidence définitive qui puisse encourager la croyance que la peine de mort réduit la probabilité de nouveaux crimes d’une extrême gravité. L’exploitation populiste de la peur ou de l’insécurité ne remplace pas la dure évidence. Le crime sera vaincu de manière significative par une large politique d’éducation morale, de travail effectif de la police et en s’attaquant aux racines de la criminalité. La peine devrait être assurée et proportionnelle au crime, mais elle devrait aussi avoir pour but de permettre au criminel, chaque fois que cela est possible, de devenir un membre constructeur de la société.
 »

Tout est dit. Cette déclaration représente une évolution significative de la position officielle de l’Église catholique sur la peine de mort.


Depuis cette date, la position de l’Église catholique a été constante : elle se positionne toujours contre la peine de mort.

Ainsi, le 21 juin 2006, au lendemain du réquisitoire qui a réclamé la peine capitale pour Saddam Hussein, le cardinal Poupard, président des Conseils pontificaux de la Culture et pour le Dialogue interreligieux, a rappelé l’enseignement de l’Eglise catholique sur le caractère « sacré » de toute vie humaine : « La vie humaine est toujours inviolable... Chaque créature humaine, même la plus misérable, a été créée à l’image et à la ressemblance du Seigneur. Dieu est le maître de la vie et de la mort ».

A l’occasion du troisième Congrès mondial sur la peine de mort qui s’est déroulé à Paris du 1er au 3 février 2007, le Saint Siège a affirmé de nouveau son soutien à toutes les initiatives visant à défendre la valeur inhérente et l’inviolabilité de toute vie humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Il a souligné que l’usage de la peine de mort est non seulement un refus du droit à la vie mais aussi un affront à la dignité humaine partagée par l’humanité tout entière. En effet, il rappelle que les États ont à leur disposition de nouveaux moyens « de prévenir de manière efficace les crimes, rendant celui qui a commis une offense incapable de faire le mal - sans lui enlever définitivement la possibilité de se racheter » (cf Jean-Paul II, Evangelium vitae, n° 56). De telles méthodes non létales de prévention et de punition « correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2267). Il a rappelé notamment que « toute décision de peine capitale encourt de nombreux risques : le danger de punir des personnes innocentes ; la tentation de promouvoir des formes violentes de revanche plus qu’un véritable sens de la justice sociale ; une offense claire contre l’inviolabilité de la vie humaine, en promouvant une culture de la violence et de la mort ; et, pour les Chrétiens, il s’agit aussi d’un mépris de l’enseignement évangélique sur le pardon. Ôter la vie ne permet jamais de parvenir à des objectifs estimables pour lesquels les sociétés punissent les délinquants, alors que cela peut apaiser temporairement les appétits de vengeance ».

Le 30 octobre 2007, le Cardinal Renato Raffaele Martino, Président du Conseil pontifical Justice et Paix, a appelé les chrétiens du monde entier « à coopérer à la défense des droits de l’homme et à l’abolition de la peine de mort, de la torture et d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants en temps de paix et de guerre. Ces pratiques constituent des crimes graves contre la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 27) et un scandale pour la famille humaine au XXIème siècle ».

Le 7 janvier 2008, lors de sa rencontre annuelle avec les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, le pape Benoît XVI a souhaité que l’appel lancé par l’ONU à un moratoire sur la peine de mort « stimule le débat public sur le caractère sacré de la vie humaine  ».



La doctrine sociale de l’Eglise enseigne donc aujourd’hui qu’il n’est pas légitime de mettre quelqu’un à mort lorsqu’il y a d’autres moyens pour l’empêcher de nuire.
Le pape Benoît XVI, comme le pape Jean-Paul II avant lui, demande ainsi régulièrement à des chefs d’Etat d’accorder leur grâce à des condamnés à mort. Il s’agit de dénoncer la peine de mort comme une abomination, parce qu’elle tue une vie et sa dignité.


Parallèlement à l’évolution du Saint Siège, on peut relever que, depuis une quarantaine d’années, des conférences épiscopales rassemblant les évêques catholiques d’un même pays, prennent régulièrement position contre la peine de mort :

- les évêques canadiens, en 1973 : ils jugent « abusif le recours à des textes bibliques - spécialement de l’Ancien Testament - pour justifier le maintien de la peine de mort ». Ils ajoutent : « Jésus-Christ condamne cette tendance habituelle de l’homme à répondre à une injure par une autre injure et invite plutôt à la magnanimité. » (Les évêques canadiens et la peine de mort, La Documentation catholique, 4 mars 1973, n° 1627, p. 246.),
- les évêques américains à de multiples reprises depuis 1981 : en particulier, en 1999, ils expriment bien ce contre-témoignage de la violence pour enrayer la violence : « […] Nous appelons toutes les personnes de bonne volonté, et particulièrement les catholiques, à œuvrer pour l’abolition de la peine de mort […]. Nous cherchons à instruire et convaincre nos concitoyens que cette punition est souvent injuste et entachée de racisme. Nous nous opposons aux lois des États qui autorisent la peine capitale et aux lois fédérales qui voudraient étendre son champ d’application […]. Nous soutenons pleinement et encourageons ces tentatives et d’autres pour renforcer la dignité de toute vie humaine […].
Notre affirmation du respect de la vie est d’autant plus évidente quand nous demandons de respecter la vie de tous et de chacun, y compris la vie de ceux qui n’ont pas su montrer un tel respect aux autres. L’antidote à la violence est l’amour, et non davantage de violence […]. Nous nous opposons à la peine capitale non seulement pour le sort qui attend les coupables de crimes affreux mais également pour l’impact que cela a sur notre société. La confiance croissante dans la peine de mort nous abaisse tous, c’est le signe d’un manque grandissant de respect de la vie humaine. Nous ne pouvons vaincre le crime en exécutant simplement les criminels, pas plus que nous ne rendons la vie aux innocents en arrêtant la vie des meurtriers. La peine de mort offre l’illusion tragique que nous pouvons défendre la vie en la prenant […]. Par l’éducation, par l’argumentation, par la prière et la contemplation de la vie de Jésus, nous devons nous impliquer par principe dans un témoignage opiniâtre contre la peine de mort, contre une culture de mort et pour l’Évangile de la Vie.
 » (Communiqué de la Conférence des évêques américains, 2 avril 1999)
- les évêques des Philippines à partir de 1981 : ils réaffirmeront régulièrement et publiquement leur position abolitionniste, militant activement pour obtenir, d’abord un moratoire sur les exécutions, puis l’abolition juridique de la peine de mort qu’ils obtiendront en 2006
- les évêques de l’Irlande en 1981
- les évêques de France en 1991, considèrent que : « Pour des raisons diverses, beaucoup de pays ont aboli la peine de mort. Le chrétien ne peut que se réjouir de voir ainsi se développer le sens du respect absolu de la vie. Cependant, la justice doit être assurée et la société protégée. Mais, quels que soient ses crimes, une personne humaine reste un enfant de Dieu que l’on doit respecter comme tel. L’espérance chrétienne croit toujours l’homme capable de s’amender.  » (Les évêques de France, Catéchisme pour les adultes, n° 588),

- les évêques du Brésil en 1993
- les évêques de Slovaquie en 1994...

Les Églises orthodoxes

Selon Nicolas Berdiaev, théologien orthodoxe de la première moitié du XXème siècle : « Nul homme, pris à part, ne peut être une incarnation et une personnification du mal. Chacun n’est porteur que d’une parcelle du mal, ce qui fait qu’il est impossible de porter un jugement définitif sur qui que ce soit, et c’est ce qui pose les limites au principe du châtiment. Un homme peut bien commettre un crime, mais l’homme, en tant que personne complète, ne peut être un criminel, et on ne doit pas le traiter comme une incarnation du crime : il reste une personne, il porte en lui l’image de Dieu […]. » [3].

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas de position unifiée des Églises orthodoxes, toutes autocéphales et indépendantes.

Certaines Églises orthodoxes comme l’Église orthodoxe d’Amérique se sont clairement prononcées contre la peine de mort dans une résolution du Concile de 1989.

L’Eglise orthodoxe de Russie est, elle, plus en retrait.
En mai 1998, Alexis II, alors patriarche de Moscou (Russie), précise : « La peine capitale constitue un homicide avec préméditation et une violation du commandement biblique enjoignant de ne pas tuer. »
En 2000 , l’Église de Russie a produit à l’occasion du Concile jubilaire un document s’intitulant « Fondements d’une doctrine sociale de l’Église Orthodoxe Russe », qui présente le point de vue officiel du Patriarcat de Moscou sur les relations de l’Église avec l’État et la société civile. Le paragraphe traitant de la peine de mort énonce que « sous l’influence morale des chrétiens une attitude négative s’est développée à son égard dans la conscience des peuples. [..] L’abolition de la peine de mort ouvrirait la voie à de nouvelles occasions d’un travail pastoral avec ceux qui ont péché et à davantage de possibilités pour eux de se repentir. [..] Aujourd’hui de nombreux États ont aboli la peine de mort par la loi ou ont cessé de la mettre en application. L’Église approuve ces décisions des autorités étatiques. En même temps, elle croit que la décision d’abolir ou de ne plus appliquer la peine de mort doit être prise librement par la société, en prenant en considération le taux de criminalité et l’état de développement de son système judiciaire et plus encore le besoin de protéger la vie de ses membres » (paragraphe IX, 3).

Dans cette ligné, historiquement étroitement liée à un pouvoir politique autoritaire et centralisateur, l’Église orthodoxe russe a, ces dernières années, été influencée par les conceptions sécuritaires de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, même si la Russie observe un moratoire sur la peine de mort, l’Église orthodoxe protège et appuie la guerre en Tchétchénie, en la qualifiant de « sainte guerre » et de « lutte patriotique ».
En janvier 2000, le patriarche Alexis II a décoré lui-même les généraux menant les opérations dans le Caucase.
En 2007, le métropolite Kirill de Smolensk (Russie) a pu affirmer : « Aux droits de l’homme admis par la société correspondent les devoirs de l’homme devant la société. »
Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe « ne serait pas totalement contre la peine de mort ». Mais elle la légitimité encore par « l’état de la criminalité du moment ».



Comme on peut le voir, les positions des chrétiens, si elles sont majoritairement opposées à la peine de mort, restent cependant contrastées dans la mesure où certains courants, notamment dans des milieux évangéliques ou fondamentalistes protestants et dans certaines Eglises orthodoxes, continuent à être favorables au recours à la peine de mort pour punir les infractions les plus graves.

Notes

[1] cf La Somme théologique

[2] cf Sur le libre arbitre

[3] cf De l’esclavage et de la liberté de l’homme

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