Discours de cloture
Patrick Byrne

2000

Discours de cloture

Patrick Byrne clôture ces trois journées de réflexion et d’échanges par un conte de la tradition juive présenté comme une histoire africaine.

Chers amis,

Vous êtes sûrement fatigués à présent : après la concentration de ces trois journées, les conférences, les échanges multiples, les longues journées et les changements de thèmes, cela n’a rien d’étonnant. J’espère aussi que votre fatigue n’est pas signe de lassitude, que vous avez le sentiment d’avoir profité autant que possible de ces occasions de partage, d’enrichissement mutuel, de formulation de projets.

Ce matin, lorsqu’on me racontait les événements des dernières heures en Yougoslavie, qui ont abouti au départ du pouvoir du Président Milosevic, je repensais à notre situation particulière, ici à Prague. Le monde ne s’arrête pas, les événements se succèdent, s’accélèrent même. Mais il nous faut parfois nous arrêter, nous mettre en retrait pour réfléchir, méditer, approfondir et échanger, et pour ensuite repartir, revigorés. Je remercie Slavija Stanolovic, notre participante de Serbie, et Fazli Balaj, du Kosovo, d’avoir été parmi nous pendant ces trois journées. Eux aussi ont été en retrait par rapport à l’actualité de leurs pays. Leur présence nous a rappelé la souffrance qu’ont vécue les populations de leurs régions et les espoirs que portent celles-ci d’un avenir meilleur. Nous prions, avec vous et pour vous, Slavija et Fazli, pour que ces espoirs ne soient pas déçus.

Et, de la même manière, chacun de nous a apporté de sa personne, mais aussi de son pays, de son expérience, de ses souffrances et de ses espoirs. Pour reprendre l’image que nous a proposée Hubert Hausemer lors de son intervention, notre toile d’araignée s’est enrichie et s’est élargie !

Lors de l’ouverture du séminaire, je vous ai proposé d’être des bâtisseurs de ponts. J’ai beaucoup apprécié la réponse de Monseigneur Osborne : pour construire des ponts, il faut des bâtisseurs des deux côtés. Et cela n’est pas facile ! Vous l’avez remarqué, tout à l’heure, lorsqu’il s’agissait d’envisager des partenariats : nous pouvons lancer des idées, proposer des alliances, mais il nous faut tout d’abord des fondements solides et des bâtisseurs de chaque côté. De nouveaux projets voient le jour. Je vous encourage à persévérer dans cette voie. Un délégué me faisait remarquer hier qu’il n’est pas facile de motiver la population dans son pays à agir en solidarité : "les conditions sont difficiles, on a perdu l’habitude.... Mais, me disait il, ce que j’ai entendu ici me fait penser qu’avec imagination, avec conviction, nous pouvons y arriver". Nous allons agir, chacun dans les limites de ses possibilités. S’il vous plaît, une fois rentrés chez vous, faites ce que vous pouvez, mais faites le vraiment. N’oubliez pas de rester en contact. Nous avons parfois vécu des déceptions, de beaux projets élaborés lors de telles rencontres - puis aucune suite. Soyons modestes, certes, mais persévérants. La FI.ACAT reste à votre disposition afin que nous puissions avancer ensemble, en réseau.

Je souhaite, pour terminer, vous raconter un conte. On m’a dit qu’il fait partie de la tradition juive ; mais je l’ai retrouvé, présenté comme histoire africaine. Histoire juive, histoire africaine... peu importe. Le message est le même.

Un vieux sage demandait une fois à ses jeunes disciples à quoi l’on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence.

Est ce lorsqu’on peut sans peine distinguer de loin un chien d’une chèvre ? demanda l’un des jeunes.
Non, dit le sage.
Est ce quand on peut distinguer un dattier d’un figuier ?
Non, dit le sage.
Est ce quand on peut distinguer un simple lézard d’un margouillat ou d’un serpent ?
Non, dit le vieux sage.
Mais alors, quand est-ce donc, ce moment où la nuit s’achève et où le jour commence ? demandèrent les jeunes.
Le vieux sage répondit :
"C’est lorsque, en regardant le visage de n’importe quel homme, de n’importe quelle femme, de n’importe quel enfant, tu reconnais ton frère ou ta sœur. Jusque-là, il fait encore nuit dans ton cœur."

Voilà la lumière, le jour auquel nous sommes tous invités. Nous sommes appelés à reconnaître et à faire reconnaître chaque homme, chaque femme, comme frère et sœur. C’est une histoire simple. Mais vous savez, comme moi, que le chemin n’est pas simple, que de nombreux obstacles nous attendent. Et qu’il nous faut donc nous équiper, nous informer, nous former afin de mieux comprendre ce qui empêche cette reconnaissance et repérer les moyens à mettre en œuvre pour garantir ce respect de l’autre. C’est à cela que devait contribuer cette rencontre de Prague : chacun l’aura vécu différemment, mais j’espère que nous avons tous le sentiment d’avoir, pendant ces quelques jours, avancé un peu sur ce chemin.

Patrick Byrne
Président FI.ACAT

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