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Déclaration finale : "Solidaires, pour une Afrique sans torture".

janvier 2002

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Déclaration finale SOLIDAIRES, POUR UNE AFRIQUE SANS TORTURE

Nous, les délégués des ACAT de 33 pays, nous sommes réunis à Dakar (Sénégal) du 29 juillet au 1er août 2002, pour la session de la FI.ACAT sur « Cultures africaines et lutte contre la torture ».

A l’issue de nos travaux ;

NOUS CONSTATONS

- Que la torture et les traitements inhumains et dégradants sont encore une réalité très présente dans le monde et en particulier sur le continent africain.

Les premières victimes en sont les simples citoyens ; trop souvent ils vivent dans la peur de l’arbitraire et subissent la répression, des intimidations policières, des conditions de détention inhumaines, situations auxquelles il faut répondre de toute urgence ;

- Que les pouvoirs politiques des Etats en question portent la responsabilité principale de ces pratiques contraires au respect de la dignité humaine et prohibées par le droit international. Il est de leur devoir de faire respecter l’interdiction absolue de la torture, de sanctionner les coupables et d’accorder réparation aux victimes ;

- Que des gouvernements étrangers qui soutiennent activement ou passivement ces régimes, ainsi que des pouvoirs économiques qui font passer les intérêts financiers avant le respect de la personne humaine, portent, eux aussi, une large part de responsabilité dans la pratique de la torture en Afrique ;

- Que la torture comporte aussi une dimension culturelle et que l’acceptation de certaines discriminations par des populations parfois inconscientes du caractère inhumain de telles violences contribue à la persistance de pratiques tortionnaires (par exemple : lynchage de voleurs, mauvais traitements de veuves, de personnes présumées sorcières ou sorciers, excision, etc.)

- Que de nombreux groupes et associations, dont les ACAT, luttent courageusement sur le terrain.

Ces défenseurs des droits humains agissent souvent dans des conditions précaires et dangereuses pour faire reculer ces pratiques.

NOUS ESTIMONS

- Que les cultures africaines portent également des valeurs favorisant le respect de la dignité humaine. Une action d’éducation en profondeur à partir de ces valeurs est nécessaire pour éradiquer la torture en Afrique et permettre à cette richesse culturelle de nourrir la lutte mondiale en faveur des droits humains.

- Par solidarité et en raison de la nature universelle de l’interdit de la torture, que la lutte contre cette pratique en Afrique n’est pas une question purement africaine.

Elle constitue une préoccupation majeure commune à toutes les ACAT et un combat auquel nous avons toutes et tous une contribution à apporter ;

- Que la foi en Christ torturé, exécuté et ressuscité engage tous les chrétiens et chrétiennes à participer au combat contre la torture et la peine de mort, comme l’affirme la Charte de la FI.ACAT.

Face à cette réalité, et en vue de répondre à l’appel évangélique en faveur du respect de chaque être humain,

NOUS NOUS ENGAGEONS

1. A accorder une attention prioritaire à l’Afrique, à agir ensemble en solidarité avec d’autres partenaires en vue de l’abolition de la torture sur ce continent et à consolider notre action par le partage de nos expériences ;

2. A développer la capacité d’action commune et de vigilance de notre réseau ACAT pour dénoncer auprès des autorités politiques et militaires les actes de torture et les mauvais traitements dont elles sont responsables directement ou indirectement. Pour ce faire, nous renforçons notre capacité d’intervention auprès des institutions régionales et internationales de défense des droits humains ;

3. A identifier et à rester vigilants face aux éléments violents de nos cultures qui contribuent directement ou indirectement à la logique tortionnaire, à agir sur les causes profondes (culturelles, économiques, et politiques) de la torture ;

4. A promouvoir les coutumes et spécificités culturelles africaines, telles que le sens de l’hospitalité et de la communauté, qui favorisent la reconnaissance de la dignité de chaque personne et le respect qui lui est dû ;

5. A impliquer les communautés chrétiennes dans des actions de sensibilisation, en milieu urbain comme en milieu rural ;

6. A organiser et à contribuer à l’organisation de temps de formation et d’éducation aux droits humains, en sollicitant la collaboration des communautés locales, des chefs traditionnels afin de faire évoluer les mentalités et de favoriser des comportements nonviolents

NOUS APPELONS

1. D’autres associations et groupements de la société civile dans nos pays - en Afrique et dans le reste du monde - à nous rejoindre dans ce combat afin de lutter toujours plus efficacement pour l’abolition de la torture ;

2. Les responsables des Eglises et les communautés chrétiennes locales à affirmer clairement l’incompatibilité de la torture et de tout traitement cruel, inhumain et dégradant avec le message évangélique et qu’elles agissent en conséquence ;

3. Les Etats africains et l’Union africaine à renforcer les moyens et l’indépendance de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ;

4. Les Etats africains à ratifier le traité créant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ;

5. La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples à adopter lors de sa prochaine session les Lignes directrices sur l’interdiction et la prévention de la torture en Afrique (Lignes directrices de Robben Island du 14 février 2002) ;

6. Les autorités politiques non africaines entretenant des relations privilégiées avec des pays africains et en particulier les pays occidentaux, compte tenu de leur rôle dominant sur l’échiquier mondial, à soutenir les efforts des Etats africains visant à respecter les droits humains ;

7. L’Union Européenne à mener une politique cohérente des droits humains en s’appuyant sur ses lignes directrices à l’égard des pays tiers concernant la torture et la peine de mort, notamment dans ses relations avec les pays africains. Nous demandons en particulier aux pays concernés de ratifier dans les plus brefs délais les Accords de partenariat ACP-UE (dits de Cotonou) et d’appliquer de manière rigoureuse ses dispositions relatives aux droits humains ;

8. Les Etats qui ne l’ont pas encore fait à signer ou à ratifier le traité instituant la Cour pénale internationale et à se donner les moyens de collaborer de manière efficace avec elle ;

9. Les Etats du monde à approuver le protocole facultatif à la Convention contre la torture mettant en place un mécanisme de visites préventives dans les lieux privatifs de liberté lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies et de le ratifier ensuite rapidement.

Dakar, le premier août 2002


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