Accueil du site > Agir > Comment agir ? > Argumentaires > Argumentaire chrétien contre la peine de mort

Argumentaire chrétien contre la peine de mort

janvier 2011

- La peine de mort ne respecte pas le droit à la vie

L’homme coupable ne doit pas tenir son droit de vivre d’autres hommes qui l’en jugent digne. Le droit à la vie est un absolu, et la peine de mort l’une des formes du mépris de la vie. La peine de mort est la négation même du droit de l’homme le plus fondamental, celui du droit à la vie, tel qu’énoncé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, et qui devrait s’imposer d’abord, évidemment, à l’État.

Elle est considérée comme la forme ultime de traitement cruel, inhumain et dégradant. Les années passées dans les couloirs de la mort peuvent également être assimilées à une forme de torture, universellement interdite par la Convention contre la torture de 1984.

Le droit au respect de la vie, droit intangible qui fonde les autres, est par sa nature même universel. Parlez des droits de l’Homme à une femme dont la fille a été violée et tuée pour des raisons raciales ; ou parlez-en à un homme vivant sous une dictature, dont le fils a été arrêté et est mort sous la torture… Vous n’avez pas besoin de leur dire ce que sont les droits de l’Homme : ils le savent beaucoup mieux que nous !

Cette conception rejoint celle du chrétien et de tout croyant, pour qui la vie est un don de Dieu. L’homme a été créé à l’image de Dieu. La dignité de la personne est au coeur de nos convictions. À l’image de Dieu, son créateur, un être humain a droit au respect de sa vie et de son intégrité, physique et psychique.

Un condamné à mort, c’est, d’abord, un être en souffrance. Certes, personne ne l’oublie, ce peut être un meurtrier, coupable, jugé et condamné légalement. Ce n’est pas, généralement, un innocent. Mais un contact permet à la personne d’exprimer qui elle est, quelle a été son éducation, bref son histoire. L’Évangile emploie le mot de « visite » : « J’étais prisonnier et vous m’avez rendu visite  » (cf Matthieu 25).

Chez tout homme créé par Dieu il y a toujours la possibilité d’un renouveau, d’une ouverture à l’Esprit dans l’amour infini du Père.
Ce n’est pas la mort du criminel qui va apaiser la douleur de ceux qui ont perdu brutalement l’un des leurs. Personne, individu, groupe, État, nation, n’a le droit de détruire cette vie, comme le rappellent aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament :

- « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa. » (Genèse 1,27).

- « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » ;

- « Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour que personne en le rencontrant ne le frappe. » (Genèse 4,15) ;

- « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. La longue patience du Seigneur, c’est votre salut ! » (deuxième lettre de Pierre 3,9-15) ;

- « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi qu’en dis-tu ? » « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus » (Jean, 8,3-11)

Dans l’humanisation de nos sociétés, les Églises ont une mission et un rôle de premier plan. La parole attendue des Églises n’est pas un discours de conformité aux pratiques encore en cours dans certains États, mais l’annonce novatrice d’« une culture de vie ».



- La peine de mort ne permet pas au coupable de s’amender
La peine de mort est irréversible. Elle interrompt tout processus de guérison, de réinsertion sociale, et est de ce point de vue l’aveu d’un échec de la société à se montrer solidaire envers ceux de ses membres les plus marginaux. Donner la mort à un être humain, c’est le supprimer, ce n’est pas le punir.

La vie en société, tant qu’il y aura des hommes, ne peut se réaliser sans lois ni sanctions. Mais la proclamation, par Jésus, de la miséricorde comme source de bonheur peut inspirer juristes et politiques dans leur recherche de sanctions autres que la mise à mort.

La confiance dans les capacités de l’être humain de se relever et de modifier sa vie est confirmée dans l’Écriture. Entre la condamnation et l’exécution d’un meurtrier, le temps a passé. Des changements dans le comportement de la personne se sont réalisés. Celui que l’on tue maintenant n’est pas exactement le même que celui qui, naguère, a tué. Un être humain n’est pas réductible à un ou plusieurs actes et n’est pas enfermé dans ce qu’il a fait. Il est plus que ce qu’il a fait.



-  La peine de mort : un choix moral

L’Eglise catholique considère que le seul antidote efficace face à une culture de mort en développement, c’est la promotion d’une culture de la vie, qui dans le concret entraîne la mise en place de protections sociales plus efficaces, de processus de réinsertion sociale, ce qu’on pourrait appeler une culture de redressement.

Dès lors qu’on peut considérer que la protection publique est assurée, opter dans ce contexte pour la peine de mort revient à opter pour la vengeance au nom de celui qui a été tué, en d’autre terme instaurer la vengeance comme système de relation sociale. On peut considérer cela comme une justice de châtiment ; en fait c’est instaurer un système d’« une vie pour une vie  ». Dans la mesure où d’autres solutions sont possibles au problème de rendre justice et de protéger la société, il n’y a aucune légitimité morale à choisir l’option de la peine de mort. Un Etat peut le faire selon sa loi propre, mais il perd toute autorité morale. On n’est plus dans la perspective de la défense de la vie humaine et du choix de la meilleure voie pour la défendre.

En définitive, l’abolition est un choix moral. Il ne faut donc l’assortir d’aucune restriction ni d’aucune réserve. Quant aux propositions de maintien de la peine de mort au regard de la qualité des victimes, notamment au regard de leur faiblesse particulière ou des risques plus grands qu’elles encourent, elles méconnaissent une évidence : toutes les victimes sont pitoyables et toutes appellent la même compassion.

Parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable.

Pour tous les abolitionnistes, il est impossible d’accepter la survivance de la peine de mort et ce, partout dans le monde. Chaque exécution heurte nos consciences, chaque mise à mort mutile notre humanité. Nous devons réaffirmer avec force notre refus de la peine de mort, le caractère inacceptable qu’elle revêt à nos yeux.

Cela implique, bien sûr, que l’on en termine avec la peine de mort mais aussi que l’on s’interroge sur ces autres peines d’élimination que sont les peines à perpétuité, infligées en substitution de la peine de mort, ou les peines incompressibles.

Le monde a proclamé les droits de l’homme, leur universalité et leur indivisibilité. L’enjeu est bien de restituer à chacun ses droits au sein de la communauté humaine. La société doit être bâtie sur des valeurs différentes de celles qu’elle condamne, et la première de ces valeurs est le respect de la personne humaine, de la vie et de son intégrité.
Le combat contre la peine de mort n’est pas enfermé dans des frontières nationales mais atteint l’universel. Il n’est pas limité dans le temps mais se poursuivra aussi longtemps qu’un seul État continuera à tuer.

Pourquoi ? Parce qu’abolir la peine de mort, c’est affirmer, dans le monde entier, que les droits de l’homme font de l’humanité un seul visage dont procède la voix qui interdit le meurtre. Parce qu’abolir la peine de mort, c’est proclamer que nous partageons tous la même humanité : « Je ne sais pas comment on ose confier le droit de supprimer la vie. Vous vous souvenez d’Auschwitz, là aussi on faisait confiance aux autorités […]. Ecoutez bien le discours, il est exactement le même dans les deux cas : on supprime des sous-hommes […]. Un sous-homme, pour moi, cela n’existe pas. Il y en a qui commettent des crimes affreux, mais l’humanité est toujours là, parfois enfouie très loin.  » (Soeur Helen Prejean, abolitionniste américaine, en 1999)

Au regard de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la peine de mort est une aberration. Elle est inhumaine. Elle est dégradante. Elle procède de la vengeance et non de la prévention. Elle tue et ne guérit pas. La peine de mort n’a pas d’effet dissuasif. Elle perpétue la violence. Elle ne rend pas la justice, elle la dénie. La peine de mort constitue une violation brutale, absolue et irréversible des droits de l’homme.

La peine de mort reste, encore aujourd’hui, quel que soit le contexte, un châtiment cruel et injuste, qui porte atteinte de façon inacceptable aux droits fondamentaux et à la dignité humaine, et que son caractère légal rend encore plus intolérable. Il est inadmissible que la justice ait encore, dans certains pays, le droit de tuer et de porter atteinte à l’intégrité physique et morale de l’individu jusqu’à lui ôter la vie.

Pour les chrétiens, promouvoir le retour de la peine de mort, c’est aller contre la pensée des Églises. C’est aussi contraire à l’Évangile.
En juin 2001, au cours du premier Congrès mondial contre la peine de mort à Strasbourg (France), Mgr Richard Gallagher, observateur permanent du Saint-Siège au Conseil de l’Europe, rappelle la position de Jean Paul II, et conclut ainsi (La Documentation catholique, 2 décembre 2001, n° 2259, p. 1029) :
« Il est encourageant de constater une prise de conscience de plus en plus vive du fait qu’il est temps d’abolir la peine de mort.
[…] Plus que jamais il est nécessaire que la dignité inaliénable de la vie humaine soit universellement respectée et reconnue dans sa valeur infinie. Le Saint-Siège s’est engagé à continuer de rechercher l’abolition de la peine capitale et de défendre la vie humaine à toutes les étapes de son développement. C’est un défi face à toute affirmation d’une culture de mort.
[…] Là où la peine de mort est un signe de désespoir, la société civile est invitée à affirmer sa foi en une justice qui sauve l’espérance menacée par les maux dont notre monde est envahi. L’abolition universelle de la peine de mort réaffirmerait, de manière courageuse, la conviction que l’humanité peut réussir à traiter le problème de la criminalité, ainsi que notre refus de succomber au désespoir face à de telles forces. Cela ferait renaître une nouvelle espérance en notre propre humanité. »

Qui sommes nous ?
Equipe
Réseau des ACAT
Statuts
Finances
Comprendre
La torture
La peine de mort
Les disparitions forcées
La justice internationale
Instances internationales
Position des Eglises
Tableau des ratifications par pays
Frise chronologique
Cartographies
Agir
Auprès des instances internationales
Avec les Coalitions
Formations
Comment agir ?
S’informer
Rapports d’activités
Rapports
Le bulletin ’Fiacat Info’
Ressources documentaires
Ressources théologiques
Liens
Espace Presse

Contact - Liens
FIACAT - 27, rue de Maubeuge - 75009 Paris — France - Tél.: +33 (0)1 42 80 01 60 - Réalisation site : Epistrophe