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Appel du mois - Septembre 2009

septembre 2009

GUATEMALA

Les séquelles de la guerre civile

Le 5 décembre 1982, les forces de sécurité guatémaltèques pénètrent dans le village de Dos Erres, département du Peten. Quand elles le quittent trois jours plus tard, plus de 250 hommes, femmes et enfants ont été massacrés. Les femmes ont d’abord subi des viols en masse. Le village a ensuite été complètement rasé. L’enquête officielle sur ces atrocités, démarrée il y a bientôt quinze ans, n’a pas débouché sur une seule condamnation.

Personne ne connaît le nombre exact de personnes tuées ou victimes de disparition forcée durant les trois décennies de guerre civile au Guatemala (1960-1996), mais elles seraient au moins 200 000, appartenant pour la plupart à des groupes indigènes mayas. Au total, 669 massacres ont été recensés, et le terme de génocide a été officiellement employé pour qualifier les exactions commises dans quatre des régions du pays. Le conflit a pris fin avec la signature d’accords de paix entre le gouvernement et les groupes d’opposition armée. Deux enquêtes minutieuses et exhaustives ont été menées sur les atteintes aux droits de l’homme perpétrées durant la guerre civile, l’une à l’initiative des Nations unies, l’autre par l’Église catholique guatémaltèque. Toutes deux ont attribué sans équivoque la responsabilité de la plupart des crimes commis à l’armée guatémaltèque et à ses alliés.

En février 1999, la Comisión de Esclarecimiento Histórico (Commission de la vérité) publiait son rapport Memoria del Silencio (Mémoire du silence), qui contient une série de recommandations essentielles pour avancer vers la justice et la réparation, et faire en sorte que de telles horreurs ne puissent jamais se reproduire. Pourtant, à ce jour, la plupart de ces recommandations sont restées sans effet. Sur les 626 massacres attribués aux forces de sécurité, moins de cinq ont donné lieu à des condamnations et les personnes condamnées sont toutes de rang subalterne. Aucun officier ou fonctionnaire de haut rang n’a eu à répondre devant la justice des violations des droits de l’homme qu’il aurait ordonnées ou approuvées.

Le 9 février 2009, à l’issue d’une bataille judiciaire de près de trois ans, la Cour constitutionnelle ordonnait aux autorités guatémaltèques de lui remettre certains dossiers militaires contenant des informations sur des crimes commis pendant la guerre civile. Le ministre de la défense s’est en partie conformé à cette décision en remettant deux des quatre documents demandés, mais a déclaré que le reste des dossiers avait disparu.

L’ACAT appelle le président du Guatemala à tenir sa promesse de mars 2008, par laquelle il s’engageait à rendre publics tous les dossiers militaires relatifs au conflit armé interne, ce qui constituerait une avancée significative dans les efforts pour traduire en justice les personnes accusées des crimes les plus graves.

D’autre part, l’inquiétude est grande pour certaines organisations guatémaltèques de défense des droits de l’homme qui reçoivent des menaces en raison de la campagne qu’elles mènent en faveur de la divulgation de ces dossiers militaires. Le procureur des droits de l’homme, qui travaille sur des dossiers juridiques de l’époque du conflit armé, a lui aussi été victime de menaces et d’agressions et son épouse a été enlevée et torturée en mars 2009. La sécurité de toutes ces personnes doit absolument être assurée.

Traduction de la lettre

Monsieur le Président

L’ACAT - Luxembourg (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) me rappelle la parution, en février 1999, du rapport Memoria del Silencio de la Comisión para el Esclarecimiento Histórico (Commission de la vérité - CEH) qui contient des recommandations essentielles pour accorder justice et réparations aux centaines de milliers de victimes du conflit armé interne au Guatemala, et pour garantir que les atrocités de cette période ne puissent plus jamais se reproduire.

Cependant, dix ans après la publication de ce rapport historique, qui attribue la responsabilité de l’immense majorité des crimes commis à l’armée guatémaltèque et à ses alliés, aucun haut responsable militaire ou autorité politique n’a rendu des comptes pour avoir ordonné, planifié ou perpétré ces violations gravissimes des droits de l’homme, dont beaucoup constituent des crimes contre l’humanité et, pour certaines, un génocide. A ce jour, à peine cinq parmi les 669 massacres répertoriés par la CEH ont donné lieu à des condamnations devant les tribunaux guatémaltèques et uniquement pour des militaires de rang subalterne.

Je vous demande instamment de tenir les promesses de l’État guatémaltèque d’appliquer les recommandations de la CEH en prenant toutes les mesures nécessaires pour :
• garantir l’ouverture de toutes les archives militaires du Ministère de la Défense, qui pourraient contenir des informations cruciales pour enquêter sur les crimes commis durant les années de la guerre civile ;
• faire comparaître en justice tous les responsables des atrocités documentées par la CEH ;
• apporter un soutien officiel clair aux ONG de droits de l’homme qui se consacrent à rechercher la vérité et la justice concernant les années les plus noires de l’histoire du Guatemala.

Sachant que vos efforts pour résoudre les crimes et les traumatismes du passé serviront à promouvoir dans l’avenir une culture de paix et de respect des droits de l’homme, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.

P.-S.

La lettre est adressée à Álvaro Colom, Président

Fax : +502 2221 4423

N’oubliez pas :
vos nom et prénom, votre adresse, la date, votre signature

Timbrez à 0,90 €

Envoyez la lettre avant le 30 septembre 2009

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